L'Art est sur l'Image Cinématographique

Un Blog sur l'analyse filmique et la critique


jeudi 30 janvier 2014

L'Alternative


1. EXTÉRIEUR. STATION ESSENCE. NUIT


Une voiture noire s'arrête à côté d'une pompe à essence. Un homme habillé d'un blouson en cuir, cheveux châtains, la fin trentaine, sort de son véhicule. Le conducteur est de taille moyenne. Dans les 1m75. On peut entendre une petite musique dans la station. (ACTION: enclencher ou non la vidéo)




Le conducteur rempli son réservoir de gazole. Dans l'obscurité le bruit d'une moto devient de plus en plus fort. Un phare éclaire le parking sombre. La moto vient pénétrer dans la lumière de la station. Les distributeurs sont en libre service, pas un chat ne traîne dans les environs. Le motard porte un casque. Il s'arrête derrière la pompe du conducteur. Les deux hommes ne se voient pas. Le motard fait le tour et regarde la voiture noire tout le long. Il se place derrière lui pour regarder quelle essence il utilise. Le conducteur est de plus en plus suspicieux. Il prête attention aux faits et gestes du motard. Il s'attend à une réaction. Le motard enlève son casque. L'homme est brun, mal rasé, la trentaine également. Il regarde longuement le conducteur qui est sur ses gardes. Le motard lui demande un service.


MOTARD
Tu me filerais un peu d'essence ?


Le conducteur se sent coincé.

CONDUCTEUR
L'essence est chère et je ne roule pas sur l'or.


MOTARD
(insistant)
Je ne vous demande pas une pipe. Juste cinq balles d'essence.


CONDUCTEUR
Même cinq balles.


Le motard reste plusieurs secondes appuyé sur le distributeur. Il fixe le conducteur. Ce dernier perd son sang froid.
 


Bienvenue dans un scénario aux mondes parallèles. Nous parlons parfois dans une histoire de fins alternatives, c'est à dire une fin qui a la possibilité de se terminer de plusieurs façons. Il existerait des mondes parallèles au notre. Un monde dirigé par un même temps T. La vie est faite de choix. A chaque choix, le cours des évènements prennent des tournures différentes. On peut ainsi dire qu'il existe dans la vie des Hommes, une infinité de mondes parallèles. L'Alternative permettrait de revivre un instant T sous une autre possibilité. Jouez le jeu, ne trichez pas. Faites un choix, mais ne revenez pas en arrière même si votre choix ne vous convient plus. A moins que vous soyez capable de suivre toutes les alternatives en même temps. Cette petite histoire, cependant conséquente par son challenge, est une expérience d'écriture scénaristique qui va se développer doucement au sein de ce blog. Il faudra parfois attendre avant de pouvoir valider le dernier choix. Nous allons faire en sorte de rendre captivant L'Alternative. Lors des derniers choix, vos propositions, vos idées pour faire avancer ces mondes parallèles sont les bienvenues. N'hésitez pas à laisser un commentaire.

Rameau Antoine






lundi 27 janvier 2014

Analyse et Critique: Le Vent se Lève, l'ultime film d'animation de Hayao Miyazaki


Le maître de l'animation japonaise Hayao Miyazaki se retire du cinéma en nous livrant son onzième long métrage, Le Vent se Lève. Il nous laisse une magnifique filmographie pleine de beauté et de poésie.

 
Le Château de Cagliostro -1979
Nausicaä de la vallée du vent -1984
Le Château dans le Ciel -1986
Mon voisin Totoro -1988
Kiki la petite sorcière -1989
Porco Rosso -1992
Princesse Mononoké -1997 (de loin mon préféré)
Le Voyage de Chihiro -2001
Le Château Ambulant -2004
Ponyo sur la falaise -2008
Le Vent se Lève -2013




Le film s'inspire de la vie de Jiro Horikoshi qui conçut (entre les deux Guerres Mondiales) les chasseurs bombardiers japonais Mitsubishi A6M ou appelés "Chasseurs Zéro". Le personnage principal voue depuis son enfance une véritable passion pour l'aéronautique. Son modèle, Caproni est un personnage directement inspiré de Giovanni Battista Caproni, un ingénieur italien en aéronautique (ingénieur civil, électricien, concepteur d'aéronefs) qui fonda en 1910 sa société de construction d'aéronefs. L'entreprise Caproni a participé à la construction d'avions utilisés pendant la Première et la Seconde Guerre Mondiale.
Le personnage de Jiro marche sur les pas de Caproni. Possédant tous les deux le même désir, construire de beaux avions, ils se retrouvent à bord d'un rêve commun dans lequel ils souhaitent fabriquer des avions qui transporteront des personnes et non des armes. La plus grande partie du film se situe entre les deux Guerres. Jiro consacre tout son temps aux études et à la conception. Il est brillant et se fait reconnaître auprès de la marine impériale japonaise. Le film est de bon ton car il fait le choix d'accentuer l'amour et les passions des personnages. Le but n'était pas de présenter Caproni ni Jiro comme des collaborateurs, mais simplement comme des gens qui aimaient leur métier. Le film commence avec le rêve de Jiro dans lequel il aperçoit des bombardiers en train de détruire les villages. D'une certaine façon Jiro participe à l'effort de guerre. Les attitudes souvent positives des personnages de Miyazaki, font qu'ils ne travaillent pas au nom de la Guerre, mais pour pousser leur créativité (nous devons beaucoup de choses à Einstein, y compris la bombe atomique...). Le mal n'est pas de créer, il réside dans l'utilisation de sa création. Afin de rester tout public, Miyazaki prend le parti de la beauté. Il s'agit d'un film beaucoup plus technique dans lequel l'auteur mêle Histoire de l'aéronautique et Rêverie. Le réalisateur qui est habitué aux films fantastiques, suggère par moments un peu de fantaisie. Lors du tremblement de terre nous entendons les hurlements de la planète. Les avions également produisent des bruits "bestiaux". Le vent, acteur central du film, anime ce qui semble difficile à animer. Il confie même une âme à la mécanique. Lorsque Jiro fait des tests sur un porte avion avec son patron, les avions projettent, crachent de l'huile de moteur. Les personnages sont souillés par ces gouttes noires qui ressemblent plus à des gouttes de sang. Miyazaki humanise les avions en leur donnant des cris et en les maltraitant. Leur but devrait être de servir et non détruire.
Le vent permet à Jiro de faire la connaissance de Naoko dont il va tomber amoureux. Cette force naturelle les rapproche sans cesse. Le vent sert même de messager entre les deux personnages. Le vent provoque l'intuition et sert d'énergie à ceux qui l'inspirent.
Sans doute la force de Hayao Miyazaki est de donner de la force à ce qui ne peut être animé. Le vent qui n'a pas de forme ou de visage est omniprésent. Tout dépend du mouvement de la nature, des vêtements, des objets... . La force du réalisateur est de donner vie à ce qui l'est difficilement. Comme dans tous ses films, il rend la nature complice. Il nous permet de croire en des forces qui influent sur le monde et l'environnement. La majeure partie de ses films ont pour thèmes: le ciel, le vent, le voyage, les amours épiques et les châteaux. Porco rosso était lui même un personnage pilote d'avion. Kiki vole grâce à son balai, nous retrouvons les mondes cachés et perdus avec les châteaux. Tout réside dans le voyage inattendu, le transport immatériel, les divinités. Les personnages grandissent grâce à des expériences de vie. Ils acquièrent de la sagesse et de la maturité.
Avec ce dernier film, Miyazaki s'aventure dans un sujet peut être un peu plus adulte que d'habitude, plus complexe, tout en révélant le monde beau tel qu'il est.

Rameau Antoine



Analyse et Critique: Le Loup de Wall Street - Le Capitaine et ses moussaillons

 
Après quelques semaines en stand-by, je me lance enfin sur le dernier film sulfureux de Martin Scorsese. 32e long métrage du cinéaste. On se disait avec un ami: "du Scorsese ça ne se périme jamais". Un Léonardo Di Caprio toujours aussi remarquable dans des rôles de Golden Boy hystériques. Gatsby l'enfant terrible, qui enchaîne les blockbusters, attend son heure de gloire. Talent reconnu, Di Caprio passe toujours à travers les mailles du filet et pourtant depuis ses fréquents retours, le poisson du Titanic devient un véritable requin. En parlant de requin, Le Loup de Wall Street nous jette indéniablement en pâtures.



 
L'effet du surnom



Jordan Belfort est surnommé par les média Le Loup de Wall Street. Ce titre qui lui est attribué est un coup marketing utilisé par les journaux mais il donne au personnage une dimension doublement fictive. Ce genre de titres transforment les simples individus en légendes ou héros de contes. Il aurait pu se faire appeler Capitaine crochet, Barbe bleue, Long John Silver, parce qu'il est présenté non comme un Président ou un Directeur Général, mais plutôt comme un Capitaine qui commande à bord de son navire. Son micro est sa barre, ses employés derrière leurs écrans tiennent les rames. Excellent orateur, qui détrousse les honnêtes gens, Jordan apprend à ses recrues comment détrousser les autres. Il accumule un butin conséquent, ils font régulièrement la fête pour se féliciter de leurs attaques, ils ne semblent pas travailler durement, ils volent le peuple en leur servant des mensonges et en bluffant. Cette jolie petite bande de pirates, parient comme si il s'agissait d'un inlassable poker menteur dont ils connaissent les règles et les failles du jeu. Cette faille a été démontrée lorsque Jordan a demandé à son coéquipier de lui vendre un stylo. L'intérêt n'est pas de mettre l'objet en valeur, mais de prouver que sans cet objet l'acheteur potentiel restera dans le besoin.
 
Un chant Indien, rituel d'initiation
Jordan veut devenir courtier. Il entre dans une société (comme moussaillon) où il obtient son brevet. Le navire à la suite d'une mauvaise attaque, coule, entraînant tous les courtiers à l'eau. Jordan déjeune avec l'un des chefs de la société (Matthew McConaughey) qui veut s'assurer que son petit protégé évolue avec la mentalité adéquate. Ils simulent un chant indien des plus ridicules. Ils se frappent la poitrine du poing, geste qui les ramène sans cesse à eux: moi, moi, moi, moi, moi... . Ce chant et ce geste définissent leur égocentrisme. En se prenant pour des indiens, ils se considèrent comme étant à la fois les fondateurs de la puissante Amérique et comme des marginaux incompris. Ce chant sera transmis à Jordan qui le répétera une nouvelle fois durant le film.
 
Le recrutement du Capitaine

Partant de zéro, Jordan recrute ses bras droits qui eux mêmes recruteront les prochains employés. Une nouvelle société Stratton Oakmont voit le jour. Comme un père et sa famille, Jordan leur apprend les ficelles du métier. Ils prennent plaisir à embobiner les citoyens américains. La famille s'agrandit et ressemble plutôt à une bande de joyeux gai lurons sortis du cirque Freaks. Des nains, une femme au crâne rasé, des larbins, des filles de joie, un petit monde qui ressemblerait plutôt à la bande de Jackass. Au micro, Jordan est le roi du discours: émotions, excitations, moqueries, craintes, retournements de situations. Il est un artiste de one man show, un clown avec un sacré charisme.
 
Une allusion à risques
Au milieu du film Scorsese frappe extrêmement fort. Dans l'euphorie la plus complète Jordan compare son équipage à: "des putains de terroristes". On prend du recule avec l'Histoire. La cible des attentats du 11 septembre étaient les tours du World Trade Center, c'est à dire des buildings comme celui qu'occupe l'équipage de Jordan Belfort. Des bureaux situés haut dans le ciel. On supposerait alors que des terroristes kamikazes auraient détruits un repère de "terroristes de l'économie". Ce sujet étant très sensible, Scorsese se permet une provocation des plus culottée. Nous savons pourtant que les traders ont été tenus en partie responsables des nombreuses chutes économiques.
 
Une comédie noire
D'un humour grinçant, le film expose principalement les côtés festifs des rois de la finance. Jordan offre le symbolique bateau à sa femme. Comme de nombreuses organisations illégales, les courtiers se focalisent sur les différentes trahisons dont ils sont victimes. Nous quittons la salle sans vraiment comprendre comment des personnes comme Jordan arrivent à devenir aussi riches. Ils passent leur temps à vendre du vent et à attendre que le cours des actions change. Ils guettent du haut de leur mat les navires à piller. L'image du capitaine et du marin nous sont suggérés lorsque Jordan prend modèle sur le personnage de Popeye. Après une dose de cocaïne il trouve la force suffisante pour sauver son ami d'un morceau de jambon avalé de travers. On peut appeler Le Loup de Wall Street une comédie noire. Comme de nombreux films chez Scorsese, nous assistons à l'élévation d'un criminel qui est rattrapé par la folie des grandeurs.
Le film s'achève sur un meeting ou une conférence pendant laquelle Jordan fait son "mea culpa". Il essaye d'expliquer son métier. Toutefois il sort de nouveau son stylo et demande au public de le lui vendre. Jordan repart de plus belle, il est en pleine séance de recrutement afin de découvrir quels seront les prochains moussaillons capables de constituer le futur navire.
 
Rameau Antoine


vendredi 20 décembre 2013

Analyse de Fight Club - La fourmilière de Tyler Durden



Je m'étais promis un jour d'y venir. Parler du film de David Fincher (1999) tiré du roman de l'ancien journaliste américain Chuck Palaniuk.

 
Pourquoi ne pas visiter quelques points qui se dégagent de cette oeuvre devenue culte ? Pourquoi ne pas défier les paradoxes ? 
Est-elle suffisamment bien interprétée ? Magnifique satire de notre monde contemporain, des modes de consommation, de la solitude et du capitalisme malade. Bienvenue sur la route de la déshumanisation.





Une Fourmilière
"En tous points de vues, Dieu te déteste"

La place de l'humain est remise en question. Quelle échelle lui accorder ? L'être humain incapable de différencier une fourmi d'une autre n'aura aucun remord à piétiner une fourmilière ou écraser quelques fourmis. Il distingue une communauté infiniment trop petite pour y prêter quelconque attention ou le moindre sentiment. Tuer un être humain est différent. On s'attaque à un semblable, une personne que l'on pourrait identifier. A l'échelle d'un Dieu, l'homme est peut être comparable à cette petite fourmi. Tous identiques, bien trop petits pour y prêter attention. Celui qui prétend être au-dessus de ses semblables pense pouvoir les exploiter ou les éliminer sans état d'âme. Selon Tyler, Dieu est qui il est sans doute parce qu'il est le seul à pouvoir distinguer une fourmi d'une autre. Dieu pourrait nous détester car l'Homme aurait oublié sa capacité de fonder une communauté soudée. Le personnage se fait tout petit, son groupe agit en sous-sol entre les piliers de béton. Il peuple sa fourmilière, crée ses petits soldats, prêts à sortir accomplir leur mission. Ils deviennent tous véritablement égaux et perdent leur identité. Comme les fourmis nous n’arrivons plus à les distinguer. Elles sont solidaires, discrètes, agissent dans l'ombre. Elles sont partout mais l'homme ordinaire ne les remarque pas. Lors du projet chaos ils s'habillent tous en noir et affirment leur appartenance à un seul groupe. La communauté devient organisée, la maison délabrée semblable à cette fourmilière s'organise, se divise en groupes qui ont chacun leur particularité. Par leur nombre ils veulent recréer ce monde qui leur appartient de droit. Il faut détruire les fondations, ébranler les plus hauts buildings d'une finance qui ne fonctionne plus. Les fourgons remplis de nitroglycérine s'attaquent aux fondations de ces buildings, faisant descendre au niveau zéro les individus qui se sont crus supérieurs à leurs semblables. La fin du film n'a pas tant besoin d'être expliquée, elle est juste symbolique. Mais qui est la reine de ce petit monde ? Tyler ou Marla ?



Un film qui fabrique du Culte

Tant sont les spectateurs qui retiennent les phrases du film. Les mots de Tyler ressemblent à des slogans publicitaires ou politiques. Il se présente comme un prophète qui vend de la "devise" à ses petites progénitures. Film qui se dit, ou fait dire aux spectateurs, être anti monde de consommation crée par son "cultissisme" de la référence à consommer. Le fan de Fight Club regardera une dizaine de fois le film, rendant le produit un objet purement contradictoire. Fight Club devient le bijou à obtenir absolument dans sa vidéothèque. De beaux discours qui cependant continuent d'exploiter le consommateur en recherche de violence, de révolutions et d'actes cool. Un film à ne voir qu'une fois ? Il cache bien des mystères comme de retrouver les images pornographiques qui ont été parsemées. Il faut abandonner le système tel que nous le connaissons. Le film joue consciemment sur ces contradictions, mais sont-elles toujours comprises ? Tyler est lui-même victime d'un univers qu'il finit par copier. Il se place à la tête de la fourmilière, il prive ses soldats de leur personnalité. Tous identiques, ils deviennent eux-mêmes des produits du travail à la chaîne. Comme une série de voitures qui se font assembler à l'intérieur d'une usine. "Vous n'êtes pas votre treillis, ni votre portefeuille, la merde de ce monde prêt à tout" - "Vous n'êtes pas un flocon de neige unique"... Tyler répète inlassablement ses discours et ses messages de propagande. Le système ne fonctionne plus. Le capitalisme est montré comme un système malade, dans lequel la population n'arrive plus à s'en sortir. Certains qualifient Tyler de psychopathe communiste... .

Le capitalisme malade ?

Il s'agit du système tel que nous le connaissons aujourd'hui. Ce n'est pas en soit le système qui est malade mais la population qui ne peut plus suivre son fonctionnement. Ce système est caractérisé par le développement rapide de son mode de consommation. Il est à la mode de consommer certains services, d'être au top de la Culture ou des diverses tendances. Tyler dit une chose: "ce que l'on possède fini par nous posséder". C'est sans doute sa définition du capitalisme malade. Cette période de crise économique qui n'a cessée de croître depuis des années, est une période où la technologie a continuée d'exploser. Le vintage ou le rétro deviennent des consommations du passé. Il faut être à la page, utiliser Internet, posséder un I phone et ses nombreuses applications, découvrir les derniers clips ou vidéos. Le capitalisme malade est caractérisé par ces populations qui ne peuvent plus financièrement suivre ces mouvances. Le sentiment de "marginalisation", de perdition, disons d'effacement de l'individu prend de l'ampleur. Tyler met en avant que le produit "aujourd'hui" est parvenu à effacer l'individu. C'est pourquoi il refuse coûte que coûte de posséder "l'éventail IKEA". Lorsque l'on vit dans un système dans lequel nous n'arrivons plus à suivre les tendances, on se sent comme "déconnectés" du système et en proie à une forme d'anomie (perte des repères). Fight Club (Palahnuik) annonçait d'une certaine façon ce vers quoi nous avancions. 



La Schizophrénie Durden

Comment peut-elle s'expliquer ? Elle n'est pas là pour constituer l'univers "cool" de Fight Club. Tyler qui était en proie à l'effacement et donc à l'exclusion, s'est enfermé dans une forme de solitude. Tyler a créé son double afin de combattre sa solitude. Homme vivant seul dans son appartement, travaillant dans l'étude des accidents de voitures, collectant tout le mobilier possible, est fondamentalement seul. Un quotidien qui perd de son sens, Tyler vit comme un zombie et ne dort plus. De retour parmi les "exclus" de la société (les différents groupes de rencontre) Tyler va imaginer pouvoir renouer des liens. Les "marginaux" se rassemblent et créent leur nouvelle communauté. Le Tyler Durden qui apparaît, est celui qui va prendre la tête d'une révolution devenue nécessaire. Fight Club n'est pas à prendre comme un encouragement à la destruction ou à la rébellion ("l'anarchie ne conduit pas au bonheur") mais traduit simplement un mal être qui devient de plus en plus évident.



Marla, l'allégorie du cancer

Le personnage le plus ambigu, est probablement Marla. Toujours en train de souffrir, Marla est décrite comme une "maladie" (la plaie qui ne cicatrise pas). Sans cesse à la recherche de ses défauts, elle veut démontrer qu'elle pourrit de l'intérieur. Concrètement Marla n'a de maladif que son apparence et recherche simplement à vaincre la solitude comme les autres personnages. Rejetée et juste utilisée comme objet sexuel, elle est déshumanisée par Tyler (Brad Pitt). Tyler Durden déshumanise les gens et fini par oublier l'importance de l'authenticité. Nous vivons dans Fight Club un combat entre individualisme et déshumanisation. "Edward Norton" résout ce compromis en se débarrassant de "Brad Pitt". Il se sauve d'une complète déshumanisation et décide de s'unir à Marla afin de combattre le vrai mal être.




Rameau Antoine

dimanche 8 décembre 2013

Analyse du film Cartel de Ridley Scott

 

Trois oeuvres de Cormac Mc Carthy

No Country for Old Man (2007 - les frères Coen) La Route (2009 - John Hilcoat) Cartel (2013 - Ridley Scott)

 



Cormac McCarthy est un écrivain américain né le 20 juillet 1933. Il a écrit The Orchard Keeper en 1965, Outer Dark en 1968 et Suttree en 1979. L'auteur a vécu des deux côtés de la frontière Mexique/Etats Unis, à El Paso au Texas à partir de 1976 et aujourd'hui à Santa Fe au Nouveau Mexique. Cette position est ce qui lui a sans doute permis de concevoir le scénario de Cartel : les trafiques, les immigrations clandestines, l’ambiguïté des lois entre les deux pays. Il obtient le prix Pulitzer en 2007 et le prix des libraires du Québec avec La Route.

Ces trois œuvres fonctionnent autour d'une frontière à franchir (ou pas). Les personnages, un peu vagabonds, sont plutôt en déroute qu'autre chose. Ils s'imprègnent de la mort, de l'irréparable, du chemin de non retour comme d'une malédiction. Une vie uniquement constituée de choix. Peut être un peu manichéens, ces films mettent en avant des personnages qui doivent faire un choix entre une bonne et une mauvaise voie. Ils sont aventureux, se sentent en position de force, parfois prétentieux et vaniteux ils s'abandonnent aux travers de l'homme, ses pêchés, l'argent, la drogue, le meurtre... . La mort devient un compagnon de route qui use ces personnages. Parfois même ils sont confrontés à perdre tout ce qu'ils possèdent et préféreraient mourir. La mort est pour Michael Fassbender dans Cartel un luxe qu'il ne peut même plus s'offrir. Le personnage principal est comme maudit et il apporte le malheur à ses proches. La Route est un film dans lequel il n'y a plus de notions de frontières et de règles. Le personnage décide d'aller dans le sud des Etats Unis dans l'espoir de survivre à l'hiver. En levant toutes limites, la mort est alors omniprésente. Le personnage de Viggo Mortensen contrairement dans les autres films adaptés de Cormac, n'est pas confronté à dépasser les limites puisqu'elles n'existent plus.

Dans No Country For Old Men, le personnage de Josh Brolin (Llewelyn Moss) s'empare d'un paquet d'argent qui ne lui appartient pas. Un magot vers lequel tout converge: la tentation, les criminels, les mafias, les gens ordinaires, la police. Llewelyn est sans cesse dans la fuite et l'épuisement. Alors qu'il réussi désespérément à se sauver du tueur Anton Chigurh, il est balayé en un clin d’œil par ceux qui ont perdus leur argent lors de la sanguinolente transaction (probablement le Cartel). La femme de Llewelyn, Carla Jean devient malgré elle la victime d'Anton. Pénélope Cruz subit dans Cartel le même schéma. L'avocat joue avec le feu et finit par être confronté à l’incontrôlable situation. Ne sachant plus quoi faire il fuit, abandonné en lâche. Sa compagne est victime du sort que  décrit le personnage de Brad Pitt. Il est inutile de montrer la cruauté des tueurs là où le désespoir de l'avocat suffit pour confirmer nos craintes. M. Fassbender se retrouve seul avec ses regrets. Chacun de ces films arrivent à traduire la force oppressante des oeuvres de l'écrivain. Le sort des personnages est alors confié aux "Dieux". Leurs actes sont jugés selon leur véritable nature. L'avocat se voit refuser le droit de mourir. La tragédie (dite de façon simple) est une histoire qui nous présente les souffrances du personnage jusqu'à sa mort. La mort du héros qui a souffert devient un acte de beauté et d'immortalité. Malgré ses souffrances, l'avocat dans Cartel ne peut accéder à ce statut de héros tragique car il est épargné. Llewelyn meurt dans No Country For Old Men, ce qui nous permet de conserver nos attaches avec le personnage. Le barman mexicain dit une chose à Michael Fassbender que nous pouvons expliquer de cette façon: depuis que j'ai perdu ma femme, ma vie est une tragédie sans fin. 

Cartel n'est pas un excellent, mais un bon film. Il laisse sans doute une partie des spectateurs sur leur fin tout simplement parce qu'il n'y a pas de fin pour le personnage principal. Les rôles sont biens joués et les interprétations sont globalement réussies. Cartel est un film qui ne manque pas de challenge et qui est moins simple à faire adhérer au spectateur qu'un No Country For Old Men (par rapport aux codes que nous venons de décrire). Il demeure un film de divertissement qui a tendance parfois à trop caricaturer ses personnages. Le casting est conséquent et peut être trop décalé. On aurait pu remplacer certaines personnalités par des acteurs moins connus. Fassbender est l'un des personnages les plus aboutis. Cet ensemble préserve le "kitchissisme" d'un Ridley Scott dont on reconnaît le style.



Rameau Antoine

mardi 19 novembre 2013

Analyse et Critique - Inside Llewyn Davis

 
Inside Llewyn Davis, réalisé par Joel et Ethan Coen, drame avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman. Durée 1h45. Il a remporté le prix du Grand Jury au 66e Festival de Cannes.





Le personnage principal serait inspiré de Dave Van Ronk, vagabond musicien des années 60 et de la vie de Bob Dylan. Les frères Coen ne choisissent pas de montrer l’ascension d'un artiste au bord du gouffre, mais la semaine d'un type méconnu sur le point d'y tomber. Llewyn Davis, sdf en quête de gloire, aspire à un grand avenir.

Comme à leur habitude les deux réalisateurs présentent les évènements telle une fable. Une grande partie de leur filmographie commence et se termine avec un narrateur extérieur (ou non) à l'intrigue. Un personnage qui en sait d'avantage sur le personnage que le personnage lui même. Un peu moraliste, ce narrateur est à mi chemin entre les personnages et les spectateurs. Il est ce point de vue objectif, celui qui regarde les choses d'un pas en arrière. On peut mentionner le cow-boy dans The Big Lebowsky, le personnage de Tommy Lee Jones dans No Country for Old Man, ou encore la légendre qui précède l'histoire de A Serious Man. Les frères Coen démontrent qu'une tortue peut battre un lièvre à la course. Rien n'est jamais acquit. Llewyn joue sur la scène du Gaslight, nous le pensons alors artiste reconnu. C'est alors que le disque Vinyle arrive à terme de son histoire. Llewyn nous parle d'une chanson connue que les gens ont l'habitude d'entendre. Il est confronté au narrateur tapis dans l'ombre. Individu qui semble connaître le personnage bien mieux que nous. Il frappe Llewyn, plaçant le bras du lecteur de Vinyle de nouveau au début. L'aventure commence avec le gros plan d'un chat roux. Le chat symbolise le vagabond, celui qui arpente les rues, sans réel toit, un peu recueilli par tout le monde. Llewyn (qui ne se l'avoue pas) est pris d'affection pour ce chat en qui il se reconnaît: à la fois marginalisé et attendrissant. Ce chat rappel régulièrement la vraie nature du personnage principal. Quelqu'un de solitaire, fragile, capable de s'attirer les foudres de son entourage car il est complètement exclu du système.

Llewyn conserve toute sa poésie et son romantisme. Un peu à la manière d'un road-movie, il voyage en rencontrant des personnalités parfois extrêmes. Que cela soit le chat ou la rencontre avec le personnage interprété par John Goodman, ils ne sont que des messages, des symboles qui appartiennent aux chansons de Llewyn. Les trajets à pieds et en voiture, traduisent le rythme d'un disque qui tourne. Avant l'accident de la route, les ralentisseurs placés sur la route ne constituent pas les éléments suffisant pour réveiller le personnage. Ces ralentisseurs (et les essuies glace) fonctionnent comme un métronome. Llewyn est bercé dans son illusion. Quand le film fait appel à son humanité et à sa raison, celui-ci quitte le navire à la recherche d'un autre foyer.
Son père devient le seul public qu'il arrive à émouvoir. N'acceptant pas l'échec, il mise tout sur sa rencontre avec le producteur de Chicago. Le spectateur qui est touché par les chansons de Llewyn, compatit pour lui. Aucun horizon ne s'ouvre à lui, il est régulièrement irrité par les personnages qui ne retiennent que son succès passé. Il rejette sa mélancolie et rabaisse les autres par sentiment d'échec. 

De retour au Gaslight, Llewyn joue les seules musiques qu'il possède. Celle de l'album "Inside Llewyn Davis", un titre égocentrique qui tourne autour du "moi" et du "je". Le "disque Vinyle" (ou bande sonore) du film arrive à terme faisant confronter de nouveau le narrateur et le personnage principal. L'homme remet en cause l'égocentrisme qui a été parsemé tout le long du film. L'histoire ressemble à un disque rayé, voué à la répétition d'une même chanson et du souvenir.

Les frères Coen définissent à leur façon le mot "borné" sans faire de manichéisme.



Rameau Antoine

Analyse et Critique - Gravity d'Alfonso Cuaron

 

 
Gravity sortit ces dernières semaines en salles, avec à l'affiche Georges Clooney et Sandra Bullock est réellement l'une des premières claques 3D que j'ai pu recevoir. Cette technologie évolue toujours de plus en plus, mais elle est plus ou moins pertinente selon le contexte du film. Certains films m'ont laissés le sentiment que son utilisation était inutile ou n'apportait rien visuellement. On se souvient de l'un des premiers films grand spectacle à l'exploiter: Avatar, où on découvrait ce nouveau cinéma. De vieux films sont revenus comme Titanic ou Star Wars. On apprécie, on n'apprécie pas, on est convaincu ou on ne l'est pas. Je me souviens avoir vu des films d'horreur en 3D: Saw, Destination Finale, Silent Hill où l'effet ne m'apporte pas grand chose. C'est probablement plus immersif. J'ai été déçu également par Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Encore plus récemment j'ai pu découvrir le Metallica through the never dans lequel la 3D fonctionne mais la fiction laisse à désirer. Voir le groupe sur scène suffisait.

Gravity permet de donner un sens au terme "d'expérience 3D". Ryan Stone et Matt Kowalsky sont envoyés dans l'espace afin de réparer un satellite tombé en panne. Il s'agit à l'origine d'une simple mission, seulement un champ d'astéroïdes est sorti de sa trajectoire et percute le vaisseau de nos personnages. La suite de l'histoire est une longue tentative de survie dans l'espace. L'intrigue est certes simple, il ne se passe pas toujours grand-chose. J'ai entendu deux versions, voire trois: un public impressionné par le film, ceux qui n'ont pas aimés le scénario et d'autres n'ont pas été convaincus par la 3D. Avec humour, je leur dit qu'il faut ouvrir les yeux pendant un film. Un scénario qui travaille l'aspect "survie" peut toujours paraître facile. Mettons-nous à la place d'un cosmonaute: que peut-il se passer réellement quand on est perdus dans l'espace ? 

Aliens ? Voitures volantes ? Des stations Dinners en lévitation ? Non, Gravity exploite suffisamment la carte du "mauvais endroit au mauvais moment". Ne jamais oublier que Gravity est une expérience visuelle, d'acteurs et sensationnelle. Imaginez que la totalité du film soit tourné dans un cube aux 6 faces blanches avec des acteurs accrochés à des harnais. Georges Clooney semble subir les tests de la NASA. Pour la première fois, un spectateur arrive à ressentir l'angoisse d’être perdu dans l'infiniment grand. Difficile de garder espoir dans une telle situation. Ryan Stone ne contrôle aucun de ses mouvements dans la limite où elle n'arrive pas à se retenir à quoi que ce soit. Corps en absence de gravité, l'experte en ingénierie médicale n'a plus d'autre choix que de subir la rotation du système. Logé dans le casque, le spectateur ne distingue aucune échappatoire et se retrouve abandonné au néant. Le public suffoque comme s'il se sentait enfermé. Ce sentiment est paradoxal puisque le personnage est livré à l'infini. Cette panique du vide ressemblerait à cette même panique qu’éprouve le personnage enterré vivant. Nos gestes n'ont aucune emprise, personne ne nous entend et ne nous parle, la mort n'est plus soudaine, elle s'insère progressivement en soi. Elle laisse place à de l'euphorie. Il est même assez inimaginable de voir que Ryan Stone (Sandra Bullock) ai eu autant d'opportunités de survie. Seule au beau milieu de l'atelier du créateur, le personnage est confronté à la mort mais aussi à de nombreuses renaissances. Quand elle entre dans la capsule de sauvetage, Ryan Stone se sent protégée, elle renoue avec le cocon humain fait de métal. En position fœtale, elle recherche l'espoir et accède de nouveau à la vie. Elle se déploie à la recherche d'une faille, d'une issue. Entre impuissance et adrénaline elle parvient miraculeusement à retourner sur Terre. La Gravité gagne en force lorsque la capsule entraîne le personnage jusqu'au fond de l'océan. Soulagée, Ryan garde son corps en contact du sol boueux. 

Le cinéma est aujourd'hui un luxe. Mais si vous recherchez l'expérience 3D, Gravity est une réussite. Ceux qui possèdent un écran 3D à la maison, Gravity sera probablement une très bonne idée DVD (blu ray).



Rameau Antoine

jeudi 7 novembre 2013

FAIRECOURT Frissons / Nov-Dec 2013



Retrouvez la programmation de Fairecourt et l'Atelier 142 sur le site: http://www.fairecourt.com/
 
 
 
Il est 20h30 à Clermont de l’Oise, Fairecourt diffuse sa seconde projection après celle de Thourotte du mardi 5 novembre. Le thème de ce mois de novembre et décembre laisse place au frisson avec en programmation sept courts métrages.

La soirée réunie dans le cinéma du Clermontois une dizaine de personnes curieuses et intriguées par cette sélection d’une durée d’1h40 environ.



-La séance débute avec le court métrage Silence (13’45 - 2013) réalisé par Pierre Gil Lecouvey. Emmanuelle Guth (30 ans) et Pierre Gil Lecouvey (38 ans) produisent eux-mêmes leur travail sous le nom de Spook (Emmanuelle) et Gloom (Pierre). Ils ont réalisés un deuxième court métrage Stress-Killer qui a été sélectionné l’année dernière au Festival Coupé court de Bordeaux. Deux étudiants Mélodie et Octave décident de passer la nuit dans la bibliothèque de leur Université. Des phénomènes étranges arrivent. Pierre et Emmanuelle jouent sur l’intensité du son et de la musique pour provoquer le sursaut chez le spectateur. Le métrage construit l’angoisse en alternant silence et sons explosifs. Lorsqu’un personnage se retrouve prisonnier du cadre de la caméra, la visibilité du spectateur est restreinte et l’empêche d’anticiper. Le son explosif déclenche le sursaut lorsque l’angle de la caméra est perturbé par un évènement soudain. Silence défie les interdits et le lieu de la bibliothèque se prête parfaitement à la situation. Comme des enfants pris la main dans le sac, Octave et Mélodie (deux prénoms très sonores), sont punis par l’horreur la plus inattendue. Ce retournement mêle humour et horreur, deux ingrédients que Spook et Gloom se sont déjà appropriés dans Stress-Killer.


-Terminus (4’05 - 2012) de Nikodem Rautszko Panz, produit par Video Graphic, est certes très court mais il fonctionne. La scène se passe dans un wagon de métro et nous avons à faire à trois personnages. Le plus inquiétant des trois semble à l’origine des incidents qui se produisent. Là où Silence exploite le son, Terminus se sert de la lumière pour traduire la force fantomatique présente dans l’histoire. Ce court métrage prouve que l’on peut construire le suspense et nourrir la peur avec très peu de moyens. Les lumières du wagon s’éteignent plongeant les personnages dans le noir. On joue sur des disparitions qui nous permettent de supposer qu’il y a des transferts ou des permutations qui s’effectuent entre les protagonistes. Terminus propose une intrigue simple mais qui mérite sa place au sein de la sélection.




-Saïd (23’ - 2012) réalisé par Valentin Frentzel et Benjamin Rancoule, visite l’univers du zombie et de l’infection. Leur maison de production « 1986 Prod » est associée avec certains labels de la musique ou des artistes tels que La Fouine (Laouni Mouhid) qui est le personnage principal de Saïd. Influencés par le cinéma de Danny Boyle avec 28 jours plus tard, Saïd présente un climat de chaos ou les personnages sont sans cesse en train de fuir. Valentin et Benjamin font le choix d’esthétiser le court métrage en filmant en noir et blanc. L’infecté, forme évoluée du zombie, est un monstre avide de chair capable de pourchasser inlassablement. Les mouvements frénétiques de la caméra permettent de rendre la situation encore plus réelle. Telle une vue subjective, le cameraman court tout en tenant son appareil. Cet effet nous laisse penser que la catastrophe est bien réelle et qu’il en est de la survie des deux artistes de fuir aux côtés de Saïd.



-Tommy (9’ - 2011) est réalisé par Arnold de Parscau et produit par ESRA Bretagne. L’ESRA est l’Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle créée en 1972 à Paris et implantée à Nice en 1988 puis à Rennes en 1999. Arnold réalise Tommy dans le cadre de ses études et se fait remarquer par David Lynch qui se sert du court métrage comme clip officiel pour sa chanson « good bye today ». Il obtient grâce à son œuvre le prix Eric JEAN. Tommy est un jeune garçon perturbé par le cocon viscéral de sa famille. Véritable huis clos, la salle à manger ressemblerait à l’intérieur encombré de sa boîte crânienne.  Comme un tableau irréaliste, chaque membre de la famille participe en tant qu’élément actif de la folie de Tommy. C’est probablement cette mise en scène de la folie qui a retenue l’attention de David Lynch. On peut rapprocher la salle à manger dans Tommy avec celle dans le film Inland Empire sorti en salles en 2006. Dans le film de Lynch les protagonistes portent des masques de lapin et semblent enfermés dans leur dimension. Cette dimension construite directement par le studio de cinéma, confine les personnages dans un lieu où habiterait « la mort ». Tommy plonge métaphoriquement dans la folie en introduisant profondément son jouet dans son plat. Le rêve du garçon nous transporte sur les mers brumeuses qui entourent la Bretagne.


Le Cinéma du Clermontois allume ses lumières. C’est l’entracte. Tout le monde se réuni dans l’entrée du cinéma et partage leurs premières impressions autour d’un verre. Les avis sont partagés et les sensibilités différentes. Les spectateurs de Fairecourt rejoignent impatiemment leur siège.



-Rail (20’ – 2009) d’Yvan Georges dit Soudril ouvre la deuxième partie de cette soirée. Yvan a réalisé trois courts métrages : Block (2005) et Rail (2009) qu’il a autoproduit et Le Syndrome de Cushing (2011) avec Heska Productions une société créée en juin 2011 par Cyril Schulmann et Nabil Khouri. Rail présente un personnage qui du statut de victime se dirige vers celui du monstre. Il se métamorphose lorsqu’il prend possession d’une arme. Il cherche à se venger et à enterrer définitivement ses faiblesses. Tel Robert De Niro dans Taxi Driver, le personnage veut se transformer en un individu dangereux et surentraîné. Il répète de nombreux gestes, il modifie son look afin d’inspirer la crainte. Cette transformation le pousse à rejeter tout ce qui lui semble faible, au point d’écraser d’autres victimes selon lui incapables de se défendre. Progressivement l’organisme du protagoniste est affecté, il devient une entité indescriptible tantôt en décomposition, tantôt en pleine mutation. On retrouve l’influence du cinéaste David Cronenberg qui travaille le corps humain en fusionnant l’organique et le matériel. Le personnage ne fait plus qu’un avec le pistolet. Son corps rejette des balles. Il arrache ses ongles comme le fit l’acteur Jeff Goldblum dans La Mouche (1986). On peut faire un parallèle avec le film Existenz (1999) de Cronenberg dans lequel l’acteur Jude Law constitue une arme en se servant des restes d’un plat et en prenant ses dents comme balles. Le personnage de Rail devient l’arme, il perd toute identité et se confond lui-même avec la violence dont il fut victime.



-On continue la soirée Fairecourt avec un deuxième court métrage d’Yvan Georges dit Soudril : Le Syndrome de Cushing (17’ - 2011). Le syndrome de Cushing serait une maladie hormonale aux conséquences psychiatriques. Le personnage de l’intrigue, malade, tente d’échapper à sa situation en s’imaginant dans un autre corps et vivant une autre vie. Cependant son esprit instable perturbe le monde qu’il s’est créé et chavire de nouveau vers la folie. Il rêve de meurtres et de vengeances. Ce syndrome est défini comme un hypercortisolisme chronique. Ceci est dût à un excès de sécrétion d’hormones cortico-surrénalienne. Harvey Cushing décrit ce syndrome en 1932. Il se manifeste chez l’homme par l’apparition d’une obésité chronique de la partie supérieure du corps, des aspects bouffis du visage, des manifestations cutanées, un hirsutisme et des troubles psychologiques variés. Le personnage du court métrage apparaît brièvement de dos au début de l’histoire. Quand nous revenons à lui, on constate comment il a manipulé la réalité pour rendre sa vie « supportable ».



-Nous en arrivons au dernier court métrage de cette soirée frissons avec La Dame Blanche (15’ – 2012) d’Arnaud Baur, produit par Nitrium Films. Arnaud s’est rendu à Lisbonne en octobre 2012 et a visité la ville de Cintra où serait apparue la dame blanche pour la première fois. Malgré toutes les versions qui peuvent exister autour de la légende, le réalisateur reste au plus près de la version originale et reprend simplement le nom américain de la défunte. L’histoire raconte qu’une jeune femme a été renversée par un automobiliste et qu’elle hante depuis les routes ainsi que sa famille. Ceux qui ont la possibilité de la rencontrer ne peuvent détourner leur regard de cette femme. Ils tentent de la suivre jusqu’à ce que la mort ne les emporte. La dame blanche est comparable à une sirène, elle charme, hypnotise ceux qui peuvent la voir et les marque de sa malédiction.


La soirée Fairecourt s’achève. Les spectateurs sortent de la salle satisfaits, donnant leur ultime appréciation. Parmi le public, l’un d’entre eux a assisté pour la première fois à une soirée Fairecourt et prend cette expérience comme une excellente façon d’aborder le cinéma.






RAMEAU Antoine. 

mercredi 9 octobre 2013

Nouvelle: "Pour le meilleur et pour le pire, Monsieur" (dernière et 3e partie)


Dernière partie de la Nouvelle:
"Pour le meilleur et pour le pire, Monsieur" d'Antoine Rameau.
 
 
 
Plusieurs mois s’étaient écoulés. Nous logions au sommet d’un building. Notre nouveau foyer prenait tout le dernier étage en superficie. Thomas réserva l’étage du dessous pour le siège de l’entreprise Anderson. L’étage professionnel servait aux meetings, aux réunions et comptait également les bureaux des hauts dirigeants de la société qui travaillaient pour les Anderson. Les étages d’en dessous étaient d’autres bureaux pour les cadres, puis les plus bas étaient des logements luxueux. Thomas avait une terrasse en guise de toit. Il avait le sentiment de pouvoir enfin respirer, voir la civilisation. Le bâtiment lui offrait une vue magnifique sur l’agglutinement de l’activité urbaine. Il pouvait voir le Parlement et Big Ben de sa position ainsi que le prolongement de la Tamise. Il m’était des plus étranges de devenir le majordome d’un foyer aussi moderne. En réalité l’entretient de l’appartement était une partie de plaisir contrairement au manoir. Je ne savais pas quoi penser, si vivre ici était une preuve que nous régressions ou que nous nous modernisions. Au fur et à mesure d’autres tâches de nouvelle nature faisaient leur apparition. Je faisais guise de chauffeur personnel, je permettais les visites de Thomas dans son appartement, j’installais les gens, leur servais le thé. J’accompagnais Thomas au théâtre, au Globe Theater. Nous avions un bateau qui nous était réservé et faisait office de restaurant pour un large public. Thomas était de plus en plus autonome, il travaillait encore coude à coude avec le subordonné de son père. Il ne lui restait plus qu’une année à accomplir pour faire ses preuves. Quant à moi, je consacrais mon temps à étudier Londres dans ses moindres recoins. Comme je le fis pour le manoir, j’étendais mes connaissances jusqu’aux frontières de la ville. Londres est une capitale immense, cela m’a demandé beaucoup de temps, mais je réussi à intégrer la vie urbaine avec succès. Je connaissais toutes les grandes rues, les grands carrefours, les places publiques, les grands magasins, les sites culturels, l’emplacement des autres entreprises, le réseau du transport souterrain. Dans cet immense labyrinthe, je me construisais les meilleurs raccourcis, je déterminais les zones les plus et les moins denses en population. Je côtoyais pendant un certain temps, les bars et les petits restaurants pour connaître les potins, et les magouilles de chaque quartier. J’étais loin d’avoir la carrure suffisante, pour être un véritable garde du corps, je n’étais d’ailleurs plus tout jeune, mais pas encore rouillé pour autant. Par mes capacités à anticiper, à mémoriser, puis à évaluer, j’étais devenu le londonien le plus fiable qu’il soit. Certains n’avaient pas assez d’une vie pour accomplir cette performance. Ceci me permettait à ma façon de protéger Thomas.

Il prenait de plus en plus ses marques. Au tout début il ne bougea pas beaucoup du bâtiment, certainement parce qu’il n’était pas habitué à tout cela. Sa célébrité, lui ouvrit des portes et diverses relations à droite et à gauche. Il rentrait de plus en plus tard le soir. Parfois il ne revenait qu’au levé du jour, d’une fête dont il ne m’avait pas fait part la veille. Je lui indiquais tout de même mon inquiétude de ne pas savoir où il se trouvait le soir. Il me répondit que tout allait bien et qu’il était assez grand. Bien sur cela va de soi. Un mardi soir je le vis entrer complètement saoul dans l’appartement avec une sorte de fille de joie. Sa chemise était ouverte. La cravate défaite, pendait autour de son coup. La fille enlevait son manteau de fourrure, puis posa son sac à main sur un canapé. Thomas souleva la putain, puis l’emmena dans la chambre. Il poussa la porte avec son pied et fit de même pour la refermer. Il ne prêtait même pas attention à ma présence. J’étais installé dans un fauteuil à lire le journal. Je pouvais entendre des cris d’animaux poussés par la jeune femme. Sa façon d’exprimer son plaisir était des plus vulgaires. J’entendis plusieurs coups, comme des claques suivis de cris courts et aigus. Puis vint ensuite des cris de plainte. Je me levais et me dirigeais vers la porte de la chambre. J’entendais la fille crier : « Arrêtes. Mais arrêtes bordel ! ». Je m’approchais jusqu’à la porte puis collais mon oreille. Un hurlement qui était celui de Thomas éclata. La fille criait : « Tu es complètement dingue pauvre con, je me casse ». La pute ouvra la porte soudainement, elle était en colère. Elle m’aperçut puis me lança : « Il faut l’interner votre psychopathe. Il a essayé de m’étrangler. Filez-moi mon fric ! » « Combien ? » « 300 livres ». J’allais chercher mon portefeuille et laissais tomber les billets par terre. Elle s’abaissa pour tout ramasser en me lançant des injures. Je lui demandais de partir sur le champ et de ne plus revenir. Pute : « C’était bien mon intention, vieux connard ». Elle prit l’ascenseur pour aller au rez-de-chaussée. Thomas sorti de la chambre les yeux gorgés de larmes, il était nu. Une énorme griffure partait du coin de son œil jusqu’en bas de sa joue. Thomas : « Regarde ce qu’elle a osée me faire Edward. Ta vu pour qui elle s’est prise cette putain ? Elle est bien trop chère pour juste servir de piquet sur des draps en soie. Salope ! Elle ne sait pas qui je suis ». Il alla dans la salle de bain, puis prit plusieurs compresses et de l’antiseptique dans la pharmacie. J’allais le prendre par le bras pour l’asseoir sur une chaise. Je passais les compresses sur sa griffure assez profonde. Heureusement qu’elle ne mit pas son ongle dans l’œil. J’expliquais à Thomas qu’il ne devait pas avoir affaire à ce genre de gens. Ils n’appartenaient pas à la même classe que nous et ne pouvaient comprendre la vie que l’on menait. Je lui demandais s’il avait rencontré par hasard une jolie jeune femme, bien instruite, pratiquant un métier honorable. Il me répondit : « Aucune d’entre elles n’égaliseront Suzanne ! ». Le prénom de Suzanne revint comme une blessure mal cicatrisée. Elle continuait de hanter Thomas. J’essayais de trouver la réponse adéquate pour calmer sa colère : « Londres regorge de femmes intéressantes et aussi sublimes que Suzanne, je suis sur qu’avec un peu de sociabilité tu parviendras à trouver quelqu’un qui t’aimera et te donnera ce que tu attends » « Tu penses qu’une telle femme existe à Londres ? » « Bien sur, fais comme moi, arpente les rues, visite les places publiques, va dans un café, rends service à une femme dans le besoin et peut être te tendra-t-elle la main » « Tout le monde ne peut pas autant s’adapter que toi à un nouvel environnement Edward. Personne ne sait aussi bien que toi rendre un endroit infect en un lieu respectable. Tu as de véritables pouvoirs, des dons n’appartenant à personne, je t’envie. Toi et ta ponctualité irréfutable ». Thomas me mit mal à l’aise. Il me faisait presque peur. Il réagissait comme un enfant en crise d’adolescence.  S’il avait pu m’enfoncer ses doigts dans la tête pour me dérober les capacités que j’ai développées par le fruit d’un travail acharné, il le ferait. Pourtant Thomas avait besoin de moi, plus que de quiconque. Il tira avantage du lien qui nous unissait, mais il tirait également avantage du fantôme de Suzanne qui planait au dessus de nous. Aussi invraisemblable qu’il soit, je voyais resurgir les mauvais côtés de James chez Thomas. Je sentais même que quelque chose de plus obscure grandissait en lui. Des ténèbres m’aveuglant et me rappelant que le cauchemar n’était pas fini. Notre vie gagna en modernité, et le mal était plus que jamais tapis dans les coins sombres de l’esprit de Thomas.

Il m’appela un vendredi soir. J’étais en train de compléter définitivement les documents de droits de succession dans les affaires Anderson avec William Hartford, le bras droit de James. Nous étions dans le salon de sa résidence secondaire londonienne. Nous parlions de sa proche retraite ainsi que de la forte médiatisation de Thomas: Anderson fils reprend le flambeau ! On pouvait voir quelques photos de Thomas avec moi à ses côtés. C’est une chance d’avoir eu une personne de confiance telle que William durant ces dernières années. Le transfert allait aboutir. Tel un père, et fier, je voyais Thomas prendre la relève comme un homme. Je sentais venir à la fois la fin de nos incertitudes et un nouveau départ. Mais je me trompais. Thomas m’appela un vendredi soir de printemps sur mon téléphone portable, et me prononça ces mots : « J’ai recommencé. Encore une fois. Ma malédiction est revenue ». Je posais le téléphone sur mon genou, serré dans ma main. Mon regard fixait la table basse où nous étions installés. William me demanda ce que j’avais. Je lui répondais que tout allait bien. J’approchais le téléphone de mon oreille et je demandais une chose à Thomas : « Ou-es-tu ? Donnes-moi l’adresse, j’arrive tout de suite ».

J’arrivais dans un immeuble, je sonnais au numéro de la porte que m’indiqua Thomas. Il m’ouvrit la porte et la referma derrière moi. Il s’agissait de l’appartement d’une jeune femme qu’avait rencontré récemment Thomas. Il y avait des éclaboussures de sang un peu partout. Sur les murs, les rideaux de la fenêtre. Le centre du lit ressemblait à une marre de sang. Je constatais que le corps avait été traîné jusqu’à la salle de bain. On pouvait voir le sang former un sillage jusqu’à la baignoire. Le corps de la jeune fille était dedans, les vêtements entièrement rouges. Il avait fait de cette pauvre fille, un corps méconnaissable. Cette fois ci, Thomas avait atteint le point de non retour. L’état des pièces rendaient compte d’un véritable carnage. Il portait des gants en cuir. Une lame était sur la moquette, un rouleau de ruban adhésif trainait par ci, du fil de fer par la. Il ne pleurait plus, il se donna de bonnes raisons. Il se mit même à me faire chanter : « J’ai eu l’idée de porter des gants, cela évitera de s’inquiéter pour les empreintes. J’ai vraiment cru qu’elle serait à la hauteur, mais elle n’a fait que de me décevoir et me contrarier. Ne t’en fais pas Edward, je te promets, elle n’en valait pas la peine. J’en trouverais une autre. Maintenant c’est l’heure de faire appel à tes talents de magicien. Tu arriverais à tout faire disparaitre ? » « Tu ne peux pas agir de la sorte, sans avoir aucune conscience de tes actes Thomas ! On ne peut pas se débarrasser des gens comme cela ! Il n’y a rien d’humain à faire ce que bon te semble. Rendre cette pièce aussi neuve qu’avant demande du temps et des méthodes très complexes. On ne pourra pas s’en sortir comme cela à chaque fois. Il faut cesser ! » « J’ai tous les droits, dans peu de temps je serais intouchable. Qui soupçonnerait l’héritier Anderson ? Ils ont besoin que nos entreprises fonctionnent, et j’ai bien d’autres projets à proposer à notre marché. Il est temps de faire un pas en avant au lieu de stagner comme le fit mon père. La vie et le progrès sont possibles que si l’on prend des risques. Edward, depuis le temps que je te connais je sais parfaitement de quoi tu es capable. Je sais qu’en me fiant à toi, nous n’encourons aucun risque. Je t’ai mis le corps dans la baignoire pour qu’il se vide dedans. J’ai commencé le travail, il n’y a que toi qui puisse le finir » « Comment veux tu que nous emportions un corps sans nous faire prendre ? Il faudrait d’énormes valises, couper le corps » « Tu vois ? Tu arrives déjà à anticiper sur la question du corps. C’est pour cela que je crois en tes capacités de nettoyer une scène de crime. On n’a plus le choix. Si je me fais prendre, s’en est fini de nous. Nous faisons ensemble la une des journaux. Ma réputation est faite ainsi que la tienne. Si cette affaire éclate, nous plongerons l’un comme l’autre. Nous sommes liés depuis Suzanne, depuis ma naissance, tu as toujours travaillé pour notre famille. Nous t’avons permis cette nouvelle vie. Aide-moi à la préserver » « J’ai toujours été loyal envers les Anderson. Je t’ai tenu la main dans les moments les plus sombres de ton existence, comme un vrai père. Comme me l’a demandé James. Je resterais fidèle à mon maître jusqu’au bout, je n’ai qu’une parole. Mais j’ai besoin de savoir une chose Thomas. Compte tu en finir une bonne fois pour toute avec ces choses ? » « Je ne sais pas. Nous pouvons conclure un pacte, définir des règles. Peut être faut-il que je retrouve ces limites que je possédais avec Suzanne. Le jour où je sais que je perdrais le contrôle de mes pensées, je t’avertirais. Je m’arrangerais pour te fixer une heure et une adresse à laquelle tu pourras me rejoindre si ce genre d’incident ressurgissait » « Tu ne peux pas tuer continuellement. Il faut du temps. Ne pas attirer les soupçons. Trouver des alibis. Calmer les colères. Je ne pourrais jamais couvrir le meurtre de plus de deux personnes par an Thomas » « Je ferais de mon mieux » « Ce n’est pas un jeu ! Il ne s’agit pas de se limiter à un nombre de personnes comme si il s’agissait d’une cure meurtrière. Si tu peux te retenir, je t’implore de le faire. Il faut enfermer tes pulsions. Tes colères. Tes peurs. Je préfèrerais te savoir en meilleure santé et les idées en place. Le cas contraire, je me présenterais à l’heure que tu m’auras fixé, mais je te prie d’arrêter. Ce n’est pas un majordome qui te le demande. C’est un père ». Thomas les larmes aux yeux s’effondra, il tomba sur ses genoux puis s’agrippa au bas de ma veste. Il me disait qu’il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il avait le sentiment que son esprit s’égarait et que son corps agissait selon la volonté d’une force invisible. Il me supplia de l’aider, qu’il était malade. Je le savais bien. Thomas a toujours eu cette chose au fond de lui, qui rayait la paroi de son crâne. Comme le son strident d’un couvert sur une assiette ou un disque vinyle tordu tournant incessamment. Un enfant effrayé et en colère sommeillait en Thomas. Il n’a jamais eu une vie normale. Je ne pouvais pas tolérer ce qu’il avait fait à ces pauvres filles, mais je ne pouvais pas lui jeter la pierre. Je réfléchissais au plus vite, à la meilleure stratégie pour provoquer une disparition, plutôt que de laisser des preuves suggérant un meurtre. Le magicien est capable de couper le corps d’une femme en deux, à la condition de suivre les bons gestes et le protocole. Il était question à présent de faire disparaitre ce qui a été abominablement entamé. J’avais besoin de savoir si quelqu’un d’autre était au courant que la jeune fille voyait Thomas aujourd’hui. Où si quelqu’un était tout simplement au courant de leur relation. Il ne pu approcher cette fille sans avoir passé un peu de temps avec elle. Un parent ou une amie devait forcement connaître leur liaison. La jeune fille ne devait certainement pas cacher, qu’elle avait eu des rapports avec le jeune patron des entreprises Anderson. Je demandais à tout hasard à Thomas, si quelqu’un d’autre savait qu’ils se voyaient aujourd’hui. Il semblait avoir prit ses dispositions. Il savait qu’elle était là, puis il est venu à l’improviste. Il l’a connaissait depuis peu de temps et avait demandé à la jeune fille de faire la promesse de ne pas parler de leur relation dans l’immédiat. A priori personne, ni même les parents de la jeune fille ne pouvaient êtres sûrs de ce qu’elle faisait aujourd’hui. Je n’avais pas d’autres choix que de faire confiance à Thomas. Je lui ai demandé d’aller faire un tour autre part, de se montrer aux paparazzis sur des lieux publics afin de lui constituer un alibi. Juste le temps de me laisser trois heures pour faire de cet appartement un leurre parfait. Thomas devra revenir, sans être suivi, pour dix huit heure, afin qu’il valide l’état des lieux.

A 17h58 Thomas était dans le couloir de l’immeuble devant la porte. Il faisait les cents pas. Deux minutes après j’ouvris la porte et lui fis signe de venir voir. Il pouvait constater que la pièce était intacte. Plus aucun corps, plus aucune tâche de sang. Les tissus étaient propres et mis en place. Les outils utilisés par Thomas n’étaient plus là. La chambre semblait, inhabitée, propre et rangée. Qui pouvait imaginer qu’on obtienne un tel résultat ? Même la baignoire brillait. Thomas prononça ces mots, les yeux grands ouverts : « de l’Art ». Qu’est ce qui plaisait le plus à Thomas en fin de compte ? Décharger ses pulsions dans le meurtre ou être le témoin de mon travail ? Il semblait se délecter d’un travail en binôme. Il m’appela une nouvelle fois « le magicien ». Avait-il le sentiment qu’en voyant son crime effacé, que ses pêchés étaient lavés ? Mon travail avait un rôle rédempteur pour Thomas. Pour lui, l’impossible devenait possible. Cela lui donnait le sentiment de posséder un pouvoir divin. Il ne pouvait que se croire intouchable. Il venait même à penser que c’était lui qui permit ce miracle. Par  mesure de sécurité, je ne dévoilais jamais à Thomas comment je m’y prenais. Après tout, un magicien ne dévoile jamais ses secrets. En ne dévoilant rien à Thomas, cela m’assurait qu’il ne pouvait répéter mes techniques. Cela le contraignait à m’informer de ses actes, et cela l’arrangeait tout autant. Comme un vrai spectacle de magie, il ne voulait rien savoir des méthodes employées. Il voulait simplement s’extasier devant ce qu’il ne pouvait expliquer. Il restait l’enfant que j’impressionnais par le passé. Si par malheur Thomas venait à découvrir mes astuces pour faire disparaitre une scène de crime, il tenterait de tout reproduire lui-même, jusqu’à l’erreur fatal. Il accumulerait bien plus vite les cadavres. Par les limites du contrat que nous nous sommes juré de respecter, je devenais inévitablement l’associé de Thomas : Anderson et Co.

Les années passèrent, et Thomas tua secrètement une autre femme tous les six mois, en me donnant à chaque fois les mêmes prétextes. Je me présentais toujours à l’heure qu’il avait fixée et qu’il respectait scrupuleusement. Je tapais toujours trois fois à des portes différentes, puis j’assistais toujours à des scènes de crime de plus en plus atroces et difficile à assumer. Heureusement que mes tours marchaient à chaque fois. Thomas prenait de l’aisance. Je frappais à la porte et il me disait d’entrer. Parfois je le retrouvais assis dans un fauteuil, le sourire aux lèvres. Il prenait le geste professionnel de me serrer la main pour valider l’échange, du tueur au nettoyeur. Jusqu’à ses 30 ans et moi à mes 60 ans, l’entreprise Anderson progressa comme l’avait imaginé Thomas. Malgré ses faiblesses et ses pulsions, il était profondément un homme intelligent qui devenait toujours de plus en plus sur de lui, mais il prenait également trop d’assurance. De la même manière que James, Thomas pensait qu’il pouvait exercer un pouvoir infini sur les populations.  Il est vrai qu’il avait le pouvoir sur un grand nombre d’employés. Il contrôlait d’autres marchés importants, et était un argument de poids capable de plier ses partenaires commerciaux à ses exigences. Il finança d’importants partis politiques et d’autres campagnes. Il avait de très bonnes relations, des gens hauts placés dans la poche. Des juges de son côté, les meilleurs avocats à son service. Quand il commettait de petites infractions, les pots de vin suffisaient. Je craignais que ce succès qu’il rencontra très tôt, lui fasse croire qu’il serait en mesure de tuer qui il veut, aux yeux de tous. Mais ses démons agissaient toujours dans l’ombre. Il était extrêmement malin. Voici que j’ai trente années de plus que lui et je commençais à me fatiguer de plus en plus. Comment fera Thomas si un jour je venais moi-même à disparaitre ? Voici huit meurtres que j’effaçais depuis Suzanne. Plus les femmes s’intéressaient à Thomas et lui tournaient autour, plus j’avais peur. Quelles étaient les limites de cette folie ? Je m’épuisais, et portais le poids de plusieurs morts. Les esprits de Thomas, semblaient cependant libres et déchargés. Je portais l’entière responsabilité de ses actes. Jusqu’à un hiver où tout bascula.

Il neigeait dehors. Les routes et les maisons étaient blanches. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas neigé ainsi. Thomas sortait d’une importante rencontre où il signa pour d’importants partenariats. Il décida de faire un tour dans la ville. Il descendit de son building, vêtu d’un manteau chaud, de gants et d’une écharpe. En sortant il ne vit pas les deux jeunes femmes qui l’attendaient près de l’entrée. Il partait vers la gauche, alors que les deux filles étaient sur la droite. L’une était blonde, la deuxième brune. Elles étaient magnifiques et très sensuelles dans leur allure. Elles semblaient sûres d’elles,  sûres du charme qu’elles pouvaient avoir sur un homme. Elles réagirent vite quand elles virent Thomas partir dans l’autre direction. Elles bondirent et se mirent à le suivre. Thomas était assez couvert pour cacher le bas de son visage dans son col de manteau, mais ces deux filles qui l’attendaient de pied ferme, savaient qu’il ne pouvait s’agir que de lui. Elles le rattrapèrent progressivement, puis chacune pris un bras à Thomas pour le suivre et avancer à ses côtés. Thomas fut surpris de voir ces deux femmes s’agripper à lui, et ne plus le lâcher. Elles marchaient avec lui et lui firent des propositions. Elles lui demandèrent plusieurs choses : « Tu nous ferais visiter le haut de ta tour en revenant ? ». Puis elles lui firent des allusions beaucoup plus connotées et sexuelles : « Tu voudrais qu’on visite le haut de ta deuxième tour ? Tu es plus blonde ou brune ? Comment tu nous trouve ? Tu préfère venir chez l’une d’entre nous ? Un plan à trois tu as déjà connu ? ». Tout s’embrasait dans la tête de Thomas. Il souriait fièrement. Il entrait dans leur petit jeu et prenait le rôle du petit garçon innocent qui ne connaissait rien à la vie, mais qui aimerait bien qu’elles lui montrent leur version des prochaines heures. Thomas serrait des dents. Ces deux femmes ne faisaient pas que de réveiller sa libido, elles réveillaient une bête affamée. Il imaginait déjà comment il allait laisser son imagination déborder. Comment prendre plaisir de l’instant qui s’offrait à lui ? Un homme au loin était caché et les prenaient en photo. Ces filles travaillaient pour ce photographe, qui lui-même travaillait pour quelqu’un de haut placé. Ces filles avaient étés payées grassement pour êtres les objets d’un futur chantage ou autre complot souterrain. Si les pulsions de Thomas sommeillaient dans la plus grande noirceur de son âme, le monde tournait dans l’ombre d’incalculables intérêts personnels. Il se fit entraîner comme une proie dans un logement discret des rues de Londres, dans un coin peu fréquenté. L’homme mitraillait avec son appareil. Quand Thomas entra dans la maison, l’homme se posta aux fenêtres et changea de position en fonction des déplacements de Thomas. Après quelques minutes, Thomas se mit à son aise, il alla fermer les rideaux des fenêtres. Le photographe ne s’attendait pas à ce que Thomas ferme chaque rideau et chaque store. Sa séance photo tombait à l’eau, il ne pouvait obtenir les clichés les plus prometteurs. Surtout, il ne comprenait pas pourquoi Thomas avait besoin de tout fermer de cette façon. Il tourna bêtement autour de la maison, mais toutes les issues qu’il s’était assuré de laisser ouvertes, ont été refermées. Il tentait d’écouter à travers les portes et les fenêtres, tout en s’assurant de ne pas se faire voir par les passants dans la rue. Il tenta d’ouvrir le plus discrètement possible, la poignée de la porte d’entrée. Rien. Il avait tout fermé. Il se demandait comment les choses évoluaient avec les filles. Il alla plus loin dans la rue, s’installa sur un banc et attendait de voir du mouvement.

Pendant que le photographe effectuait le tour de la maison, Thomas avait commencé son œuvre. Il avait fait croire aux jeunes femmes qu’il s’agissait d’un jeu. Elles, pensaient que Thomas voulait simplement réaliser ses fantasmes. Elles se laissèrent ligoter à différents endroits. La brune fut attachée sur le lit par son amie, ensuite Thomas ligota la jeune blonde dans la salle à manger sur une chaise. Des réactions, commencèrent à inquiéter les jeunes femmes sur la nature des actions de Thomas. Elles remarquèrent qu’il ferma toutes les issues ainsi que les rideaux. Mais la popularité de Thomas leur empêchait de prévoir le pire. Elles ne pouvaient imaginer qu’il se permette d’horribles fantasmes. Il sortit du ruban adhésif de sa poche puis se retourna pour l’appliquer soudainement sur la bouche de la jeune fille blonde. Celle ci poussa un cri bien trop étouffé pour que son ami ne l’entende de la chambre. Thomas alla dans la chambre puis enroula la bouche de la deuxième fille avec le ruban. Il su s’y prendre assez rapidement, pour éviter tous hurlements audibles dans la rue. Elles se mirent à pousser une succession de cris. Elles comptaient sur le photographe, à l’extérieur, pour réagir suffisamment tôt. Mais ce dernier n’intervint pas, il attendait sur l’un des bancs de la rue. Thomas décrocha son téléphone, puis indiqua l’adresse et 15h à Edward.

Il termina son œuvre vers 14h30. Il avait accompli là, une étape supplémentaire. Il déchargea sa colère sur deux femmes qu’il jugeait trop provocantes. Il prit un sac poubelle dans lequel il mit les affaires tâchées de sang. Il savait qu’Edward allait en apporter d’autres. Il se permit d’utiliser la douche pour se laver intégralement. Maintenant il attendait l’arrivée d’Edward avec impatience. Dans la plupart des contes et légendes, quand un être vient à une heure précise, frapper à votre porte, cela ne présageait jamais rien de bon. Il était souvent question de « la mort », venant chercher l’âme de l’être maudit. Est-ce que Thomas attendait au plus profond de ses tourments que la mort ne l’emporte ? Attendait-il le père Noël, comme un enfant au pied de la cheminée ? C’est seulement maintenant qu’il éprouvait la plus grande excitation possible. Il suivait les longues minutes sur sa montre. Il ne restait plus que treize minutes. Thomas voulait voir le tour de magie, il attendait que le spectacle commence. Son impatience traduisait un plaisir intense. Pour occuper ses dernières minutes, il posa une serpillère sous la chaise où était attaché le corps de la jeune blonde. Il espérait rendre la tâche plus facile à Edward en évitant au sang de se propager. Il s’installa dans un fauteuil puis ne décrocha pas son regard de sa montre. Est-ce que Edward allait prouver une nouvelle fois sa ponctualité ? Allait-il relever le défi de faire disparaître deux corps ? Afin de faire hommage au travail d’Edward, il cacha l’un des sous vêtement des deux jeunes filles, dans l’une de ses manches, afin d’épater son majordome. Il restait une minute. Il suivit du regard les soixante dernières secondes. Il arrivait déjà à entendre les trois coups sur la porte d’entrée. Les trois coups qui certifiaient de code. Trois seconde restante, il leva la tête vers la porte. Rien. Personne ne frappa à la porte. Thomas resta figé, la bouche semi-ouverte. Il s’était dit que sa montre avait une minute d’avance, pourtant il régla sa montre en même temps que celle d’Edward. Trois minutes après, toujours rien. Thomas sentait la panique l’envahir. Il se leva et fit les cents pas dans la maison. Il essuyait sans cesse la sueur qui coulait de son front. Il se mit à injurier tout haut : « c’est pas vrai ! C’est impossible ! Cela ne ressemble pas à Edward ! Ou es t’il bordel ? ». Il respira de plus en plus vite et de plus en plus fort. Il commençait seulement à ressentir cette sensation de panique pour la première fois. D’habitude Edward était toujours présent au bon moment. Pour la première fois, le petit monde parfait de Thomas Anderson s’écroulait. Il attendait les trois coups de « la mort » à la porte. Mais rien ne vint le chercher. Il cassa quelques objets posés sur les tables et les plans de travail. Une poussée de colère monta en lui. Il sentit à nouveau cette impression de délaissement, comme quand il fut enfant. Il se dit : « Edward, toi aussi m’as-tu abandonné ? As-tu cessé d’être loyal ? ». Il essayait de retrouver sa respiration, il suffoquait et tremblait. Il sentit le poids des huit derniers meurtres lui rire au nez. Il entendait la voix de Suzanne dans sa tête : « Je t’avais bien dit de ne pas dépasser certaines limites Thomas ! Tu es livré à ton propre sort ! ». Son portable a été tâché de sang et cassé dans l’action. Il ne pouvait même pas appeler Edward. Il se sentit trahi, délaissé. Thomas pensait qu’Edward avait fini par se dégonfler, par le laisser tomber. Il se mit à maudire son majordome : « tu es finalement comme mon père ! ». Il courut prendre un seau, et épongea maladroitement le sang avec la serpillère. Il déversa beaucoup de sang dans les toilettes, mais il l’éparpillait également. Le sang est visqueux, collant et très tâchant. En tentant de réparer son œuvre, il se rendait compte du travail que c’était de maquiller un meurtre. Hors, il s’agissait de deux meurtres. Il détacha les corps et balança la ficelle et le ruban adhésif dans le sac poubelle. Il tira le corps de la brune jusque sur le carrelage de la cuisine, puis il posa le deuxième corps sur elle, pour regrouper les deux cadavres. Il prit les tissus qu’il pouvait retirer, les rideaux, les draps, le tapis. Heureux de voir un tapis, il se souvint de ce qu’ils firent avec Suzanne. Mais il comprit très vite que le tapis de la maison était beaucoup plus petit et que là, il s’agissait de deux corps. Il posa maladroitement les deux corps sur le tapis et tenta de les enrouler. Il jeta d’autres objets souillés dans le tapis, puis il regroupa tout le textile dans la baignoire. Il voyait que la plupart des tissus étaient des produits Anderson. Il sourit puis remercia les deux cadavres de leur fidélité : « c’est grâce à des gens comme vous que les entreprises Anderson ont pu êtres prospères. Merci de votre loyauté et de votre confiance ! ». Il resta immobile, se voyant parler à des cadavres. Ce n’était pas des remerciements qui allaient changer grand-chose à la crise que traversait Thomas. Il brûla les tissus dans la baignoire en déversant du White Spirit dessus. Quand il vu toute la fumée, il jeta le contenu du seau sur les draps. Puis il lança à nouveau un seau rempli d’eau. Il regardait sa montre, il allait bientôt être 16h. Il resta planté au milieu de la pièce faisant face à ce qu’il avait commis : « Edward je te déteste ! ». A 16h, trois coups ressemblant au code, retentirent contre la porte. Il ne pouvait s’agir que d’Edward. Thomas prit un couteau dans la cuisine. Il m’entendait dire de l’autre côté de la porte : « C’est moi Thomas ! Ouvres moi. ». Il ouvra la porte en gardant son autre main et la lame dans le dos. Il resta derrière la porte puis referma la porte. Devant ce que je vis, je ressentais une profonde peur. Je lui fis ces quelques remarques : « Je savais que tu ne pourrais te contenter d’une seule personne. Mais pourquoi avoir commencé à nettoyer ? Tu as aggravé la situation ! ». Il brandit de colère et m’enfonça le couteau dans le dos. Je hurlais de douleur. Il retira la lame, et enchaîna une succession de coups. Je sentais de moins en moins la douleur, mais je pu ressentir Thomas s’acharner sur moi. Il retenait mon dos contre son torse en passant un bras devant moi, puis avec l’autre, il répétait les attaques. Il me demandait pourquoi je l’avais trahi, tout en pleurant. Mon regard se posait sur sa montre affichant 16h03. Je mourrais, cependant soulagé. De la douleur, je n’étais devenu qu’un esprit dans un corps sans force et sans vie. Je reconnu là l’une des mauvaises habitudes du manoir, d’oublier de passer les horloges à l’heure d’hiver. J’étais bel et bien à l’heure car j’avais pensé à reculer les aiguilles d’une heure sur ma montre. Thomas n’avait même pas remarqué que les horloges de la maison indiquaient également 15h. Je me disais que c’était mieux ainsi. Thomas allait comprendre son erreur tôt ou tard. Je m’écroulais au sol et eu pour dernier geste de lui pointer du doigt l’horloge de la maison. Il fixa l’horloge tandis que j’avais rendu mon dernier souffle.

Alors que j’allais quitter mon banc, abandonnant tout espoir, j’aperçu un homme frapper trois fois à la porte. Je gardais toutefois mes distances. La porte se ferma derrière l’homme âgé. Quelques minutes après, Thomas Anderson sorti de la maison en courant. Il laissa la porte ouverte et je m’approchais, reprenant en main mon appareil photo. Quand je franchis le seuil de la porte, les circonstances prirent une tournure des plus horribles et inattendues. Si le sexe est ce qui permet à l’Homme de parvenir à ses fins, le meurtre est sans aucun doute ce qui permet de le renvoyer vers ses origines. Mes employeurs pouvaient enfin trinquer à la fin du progrès Anderson.

 
FIN.