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lundi 9 juin 2014

Batman Returns de Tim Burton (1992)


Deuxième article sur Le Chevalier Noir rédigé par Teddy Slamani, Bat-Fan et surtout connaisseur de l'univers DC Comics.




Histoire: Tucker et Esther Cobblepot, un couple aristocratique vivant à Gotham City, abandonnent leur enfant Oswald Cobblepot en le balançant dans les égouts par ce qu’ils éprouvent en voyant son physique difforme. 33 ans plus tard, Oswald Cobblepot élevé depuis par des pingouins, fomente une attaque à Gotham lors d’une représentation publique de Max Schrek (un industriel Millionnaire) visant à le kidnapper. Le Pingouin décide de se servir du pouvoir politique de Max Schreck pour refaire surface et s’imposer auprès des citoyens de Gotham. Pour ce faire le Pingouin décide de le faire chanter en le menaçant de dévoiler ses activités criminelles si ce dernier refuse de l’aider.

Le Pingouin élabore un plan visant à faire son entrée au sein de Gotham en tant que héros. Il fait kidnapper le fils du maire pour ensuite le délivrer. De son côté, Bruce Wayne/Batman émet des doutes quant à la sincérité du geste de Cobblepot. Il décide donc d’enquêter sur son passé et établit un lien avec le Gang du Cirque du Triangle Rouge (celui-ci ayant récemment été lié à la disparition d’enfants).

En parallèle, Selina Kyle, secrétaire de Max Schreck, découvre des documents compromettants sur les affaires de Schrek. Ces documents concernent une centrale qui rejette des déchets toxiques. Max Schreck prend Selina en flagrant délit et la défenestre. Laissée pour morte, Selina Kyle survit réanimée par des chats. De cette renaissance naîtra Catwoman, cambrioleuse vêtue d’un costume de chatte noire avec pour principal objectif : se venger de son patron.

Pendant ce temps, Max Shreck cherche à remplacer le maire actuel par le Pingouin, lui permettant d’accroître son pouvoir sur la ville et par la même occasion de concrétiser son projet de centrale électrique. Bruce et Selina se rencontrent et entament une relation amoureuse sans connaître la double identité de l’autre, créant ainsi une situation conflictuelle puisque Catwoman et le Pingouin s’allient pour se débarrasser de Batman en le discréditant et le faisant passer pour ce dont il s’est toujours juré de combattre : un criminel.



Suite au succès du premier opus, on peut parler de phénomène de société. Le Batman de Burton relança l’engouement auprès du personnage, ce qui sera alors appelé la Bat-mania. Rappelons que le film rapporta un peu plus de 400 millions de dollars pour un budget de 35 millions de dollars. Les Studios Warner décidèrent donc de produire un deuxième film, avec encore une fois Tim Burton aux commandes. Il n’était, dans un premier temps, pas d’accord pour réaliser la suite de Batman. D’autant plus que les Studios désiraient inclure Robin (le sidekick de Batman) et ce depuis le premier film alors que Burton a toujours été réticent à l’idée d’inclure ce personnage. Robin sera introduit par la suite dans les adaptations cinématographiques de Batman «dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom» réalisé par Joel Schumacher.

Tim Burton décida entre temps de se consacrer à la réalisation d’un projet beaucoup plus personnel, Edward aux mains d’argent, qui sortira en 1990. La Warner relança le réalisateur en lui proposant cette fois une totale liberté artistique. Burton figure même parmi les producteurs du film. Traumatisé par le tournage du premier opus, il se pencha sur ce projet avec une certaine prudence. Il réalisa ce qui devint l’un de ses films les plus personnels et à mon humble avis l’un de ses meilleurs.

Du côté du casting, on retrouve bien évidemment les mêmes acteurs pour leurs rôles respectifs lors du premier film. Dans les nouveaux nous avons, Michelle Pfeiffer dans le rôle de Selina Kyle/Catwoman, Danny DeVito dans celui du Pingouin/Oswald Cobblepot et Christopher Walken en Max Schrek.


Gotham City

Graphiquement le film est toujours dans la même lignée que le premier opus. Gotham City a entièrement été conçu en Studio avec une touche à la fois plus raffinée et gargantuesque. Dans le premier Batman, Gotham paraissait grisâtre voire rouillée. Ici le film se déroule en hiver, en pleine période de Noël. La ville y est enneigée, une imagerie récurrente chez Burton, qui n’est pas sans rappeler son précédent long métrage, Edwards aux mains d’argent. La ville apparait comme étant littéralement nettoyée des crimes dont elle fut gangrenée. En réalité, la neige apparait comme un voile visant à cacher les maux dont Gotham est affublée. Un élément produit un fort contraste avec la neige qui couvre la ville : le film se situe uniquement de nuit, même quand certaines scènes sont censées se dérouler en plein après-midi. Le premier film s’amusait à brouiller les pistes concernant l’époque de l’histoire. Ici, c’est le temps qui est encore plus encré dans l’univers. Les choix du film brouillent les pistes en nous plongeant dans une réalité aux antipodes de la nôtre.


Catwoman

 
Au début du film, Selina Kyle est représentée comme une secrétaire assez maladroite, qui a du mal à s’exprimer et à exister auprès des autres. Avant sa transformation, elle n’apparaît qu’en arrière-plan et appartient au décor. Une fois ressuscitée, un changement va s’opérer dans sa personnalité. Elle va totalement s’émanciper d’une société ou règne les hommes sous sa forme la plus féminine. Telle une force brute de la nature et indomptable. Elle va se créer un personnage masqué, une nouvelle peau à travers Catwoman, un masque qui ne lui permettra pas de se cacher mais plutôt de laisser ressortir sa vraie nature. Son costume noir, luisant, très sexuel, aux coutures découpant son corps, rappelle à la fois des monstres tels que la créature de Frankenstein, mais aussi l’état d’esprit du personnage. Les coutures représentent à la fois le chaos qui règne dans la tête de Selina Kyle mais aussi les cicatrices causées par les hommes dont elle essaiera de se venger (notamment son patron Max Shreck). Michelle Pfeiffer incarne une Catwoman absolument parfaite, au regard très félin, à l’allure et à la façon de se mouvoir très sensuelle. Notons aussi une alchimie et un jeu de regard assez intense lorsque Bruce Wayne/Batman et Selina Kyle/Catwoman apparaissent ensemble.


Le Pingouin

Oswald Cobblepot alias le Pingouin, représente le monstre que Burton adule, un être abandonné par ses parents, vivant dans les égouts, en marge de la société, élevé par des pingouins, rejeté à cause de son physique et perçu comme n’étant qu’une bête de foire. Celui-ci le dit d’ailleurs dans le film « c’est humain hélas, que de rejeter ce qui est autre ». Il va alors chercher à se faire accepter auprès des citoyens de Gotham à l’aide de Max Schreck. Ce dernier va se servir de lui pour mener une campagne et prouver qu’Oswald Cobblepot « l’homme » est quelqu’un de bien. Pour ce faire, Oswald va alors maquiller ses véritables intentions, ne pouvant se plier aux conventions de la société. Il laissera réapparaître sa nature profonde, sa part d’animalité, d’homme «pingouin», dont la mort rendra son existence d’autant plus pathétique. Sous le costume du Pingouin se cache un Danny DeVito méconnaissable qui incarne le personnage avec beaucoup de sens.


Max Shreck
 
 
Le véritable méchant si l’on regarde sous un autre angle n’est autre que Max Shreck. Il apparait comme étant le plus humain mais s’avère être au fond le véritable monstre. Contrairement au Pingouin, il est accepté au sein de la société, il a l’air sympathique et présente « bien » afin de s’attirer le soutien du peuple. En réalité il s’agit d’un homme d’affaire véreux, sans scrupule, un assassin ne reculant devant rien et n’hésitant pas à corrompre et manipuler son entourage à des fins personnelles. Il se construit une  façade. Toutefois, il n’est pas complètement dénué d’humanité puisqu’il n’hésitera pas à se sacrifier à la place de son fils. On peut noter, que le personnage qu’incarne Christopher Walken est une autre référence à l’Expressionnisme Allemand. Son personnage s’appelle Max Shreck comme l’acteur Allemand Max Schreck qui a joué en 1921 dans Nosferatu.

[Rameau Antoine : Christopher Walken (Max Shreck) ressemble de près à l’acteur Rudolf Klein-Rogge de Metropolis dans lequel il donne vie à Maria l’androïde. Michelle Pfeiffer (Catwoman), par la découpe de son costume est, à la manière de Tim Burton, la création de Max Shreck.]


Batman

 
Et Batman au milieu de tout ça ? Il a toujours l’aura d’un fantôme qui surveille sa ville, tel une bête défendant son territoire. Il est placé sur un même pied d’égalité avec ses ennemis. Cependant il se retrouve vite dépassé par les événements. Dans un monde qu’il ne comprend plus où chacun avance à visage masqué laissant paraître sa vraie nature. Ou au contraire avance à visage découvert cachant leur nature profonde. Il tente de nouer une relation amoureuse avec Selina Kyle, ce qui s’avère impossible à cause de la rivalité qui les anime via leur double identité.



 
Danny Elfman

 
Compositeur attitré de Tim Burton, qui a œuvré dans tous ses films (à l’exception d’Ed Wood et Sweeney Todd), Danny Elfman vient ici parachever les compositions du premier Batman. Il compose un véritable opéra. Les thèmes y sont mémorables pour chacun des protagonistes. Ainsi le thème de Batman y est transcendé grâce à l’utilisation omniprésente de chœurs rappelant Edward aux mains d’argent. Le Pingouin profite d’un thème à l’atmosphère funèbre et pour Catwoman, personnage sinueux et torturé, des musiques portées par une émotion incroyable.





Ainsi vous l’aurez compris, la dualité est l’un des thèmes qui inonde le film. En effet Batman Returns met en exergue la dualité des Hommes à travers l’animalité de chacun. Représentés respectivement par une chauve-souris, un chat et un pingouin. Où chaque personnage cherche à exorciser ses névroses, s’émanciper ou tirer profit de la faiblesse des autres. Plus personne ne sait où il en est quant à sa place dans la société. Le film démontre à travers tous ses personnages qu’il est loin d’être « manichéen » et fait preuve d’une certaine profondeur dans son traitement. Tout n’est pas, soit noir soit blanc, tout y est nuancé. Il y a encore énormément de choses à dire sur ce film tant les thématiques abordées y sont riches en symbolisme. Tim Burton développe en ce sens l’une des œuvres les plus pessimistes, riches et profondes sur le Chevalier Noir. La nature humaine qui hisse le film parmi les meilleures adaptations de Batman, de Super héros est en fait tout simplement l’un de ses plus grands films.



Teddy Slamani


vendredi 30 mai 2014

Batman (1989) de Tim Burton - De la Clarté sur les Zones d'Ombres

 

Il n’était encore qu’un enfant, que le milliardaire Bruce Wayne vit ses parents assassinés. Dès lors il se jura de combattre le crime et l’injustice. De ce traumatisme naquît le chevalier noir Batman, personnification symbolique de la peur de Bruce Wayne, celle des chauves-souris, qu’il souhaite insuffler à ses ennemis. Alors que Batman n’en est qu’à ses balbutiements, le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon mènent une croisade contre la criminalité menée par Carl Grissom, le parrain de la pègre secondé par son bras droit Jack Napier et la corruption qui règne à Gotham. En parallèle, le reporter Alexander Knox et la photojournaliste Vicki Vale enquêtent sur les agissements de Batman, alors que celui-ci n’est pour le moment qu’une sorte de mythe urbain. Grissom envoie Jack Napier et ses hommes de main à l’usine chimique Axis Chemicals pour y récupérer des documents. Mais la police est alertée par Grissom qui a en réalité tout manigancé, celui-ci ayant découvert que Jack Napier entretenait une liaison avec son épouse. S’ensuit une altercation entre la police et les malfaiteurs durant laquelle Batman se retrouve confronté à Jack Napier. Ce dernier évite l’une de ces balles qui ricoche et le défigure. Par la suite tombe dans une cuve d’acide et sera laissé pour mort. De cette confrontation naîtra le Joker. Jack Napier devenu le Joker, physiquement et psychologiquement transformé, sombre dans la folie et décide de se venger de son ancien patron. Par la même occasion il prend les rênes de la criminalité de Gotham et s’ensuit alors un désir de reconnaissance criminelle et médiatique de sa part, dans une lutte effrénée du bien contre le mal entre deux monstres, le fantomatique homme chauve-souris face au clown psychopathe.
 

Voilà pour le résumé du film, maintenant place à une rapide (re)contextualisation des événements qui entourent Batman à travers les média.

Au milieu des années 80, Batman aura subit une véritable résurrection grâce à l’auteur de comics Frank Miller qui aura su replacer le chevalier noir dans un récit à l’esprit plus sombre et torturé. En effet à son lancement en 1939 dans les pages de Detective Comics puis DC Comics (maison d’édition à l’origine d’autres personnages mythiques comme Superman), les auteurs de Batman, Bob Kane et Bill Finger optèrent pour un récit résolument plus mature qu’à l’accoutumé. Mais au fil des années le ton du Comic finira par dévier dut à divers facteurs scénaristiques et de censures, puis s’ensuit une série télévisée populaire avec Adam West dans le rôle-titre, aux allures de comédie, de parodie, ne digèrent au final que trop mal la substance originelle de l’œuvre. Batman connu des hauts et des bas, la crédibilité du justicier masqué se remettra difficilement de l’image de la série. Du côté du cinéma, sortit en 1978 Superman, qui rencontra un tel succès commercial que le projet d’adapter Batman au cinéma fut lancé. Il fut à maintes reprises retardé, remanié, jusqu’à ce que la réalisation soit confiée au jeune réalisateur Tim Burton qui avait déjà su apposer son sens de l’esthétisme avec des longs métrages comme Pee-Wee’s Big Adventure et surtout Beetlejuice.
 

De plus le succès des comics The Dark Knight Returns, Year One de Frank Miller et The Killing Joke d’Alan Moore relanceront non seulement l’engouement autour du personnage à travers des récits plus adulte, à l’atmosphère glauque et ténébreuse, mais auront aussi un impact bénéfique dans la conception du Batman réalisé par Tim Burton. Un processus de réécriture va s’appliquer, passant d’un scénariste à un autre et une équipe technique, chargée de s’occuper des décors, costumes, maquillages et autres accessoires, sera soigneusement sélectionnée afin d’offrir une cohésion par rapport à la sensibilité artistique de Burton. Warner débuta la pré-production en 1988. Lorsque le choix de Michael Keaton fut dévoilé pour incarner Bruce Wayne/Batman, un vent de contestation souffla du côté des fans, ne voyant en cet acteur (ayant au passage interprété Beetlejuice) qu’un potentiel d’acteur comique, craignant que le ton du film ne soit le même que celui de la série des années 60. Burton vit en Keaton tout le potentiel nécessaire dans l’interprétation tourmenté et mystérieuse du personnage principal. Sa décision sera notamment motivée par la capacité de l’acteur à jouer un Bruce Wayne aux différentes facettes nuancées et cette faculté à capter l’attention au travers de son regard si particulier.


Afin d’asseoir une certaine crédibilité auprès du public, les studios imposèrent à Burton le choix d’une star de cinéma, notamment dû à des délais de production un peu court sans que cela n’altère la sève de l’œuvre, plusieurs acteurs seront approchés pour jouer le Joker jusqu’à ce que Jack Nicholson obtienne le rôle. S’ensuit le choix d’autres acteurs secondaires au casting dont Kim Basinger dans le rôle de Vicki Vale, qui sera « castée » au dernier moment, Sean Young dû renoncer au rôle à cause d’une chute à cheval alors qu’elle avait été choisi, Michael Gough dans le rôle de l’inébranlable majordome de Bruce Wayne, Alfred et Billy Dee Williams dans celui du procureur Harvey Dent, etc... . Chers amis, que nos esprits s’épanouissent. Alors qu’en est-il de ce Batman proposé par Burton ? Il marque incontestablement à travers chaque aspect, la griffe du réalisateur, avec son atmosphère gothique et déjantée, sombre et poétique, jouant l’excessivité avec une représentation comique et décalée de la mort. Le film use de différentes techniques convoitées par le réalisateur. L’équipe qui s’est attelée à matérialiser la vision de Burton a clairement du talent et de la créativité à revendre.

 
Pour représenter architecturalement Gotham City, le film s’inspire de divers mouvements arts déco et de l’expressionnisme allemand, notamment du film Metropolis de Fritz Lang, ce qui confère à la ville un certain gigantisme et une identité forte. L’idée fut de proposer un esthétisme rétro-moderne plongeant le film dans sa propre réalité, le rendant de ce fait presque intemporel où les trais y sont tirés pour apporter beaucoup d’expressivité. L’ambiance n’est pas sans rappeler les polars noirs des années 40, même les coups de feu rappellent les bruitages d’époque. Gotham est le berceau du crime et cela se ressent : c’est vaporeux, rouillé, grisonnant, ça suinte et les ruelles sont sinueuses. En parlant d’art, le Joker est défini dans le film comme un artiste fou, marginal qui cherche à imposer à son image sa vision du crime, de la folie et du chaos en apparaissant à chaque fois à travers une mise en scène théâtral. En allant jusqu’à défigurer un visage « fou furieux » à son image au sourire figé. Détruire l’aspect de certaines toiles dans une galerie d’art. Jack Nicholson n’interprète pas le Joker, Jack Nicholson joue Jack Nicholson, il est le Joker.

As-tu déjà dansé avec le diable au clair de Lune ?


Tim Burton apporte plus d’importance au Joker avec sa mise en scène et ses nombreuses apparitions à l’écran qu’il ne le fait avec Batman. Un point décrié par certains, qui s’explique non seulement par le fait que Burton a toujours été plus attiré par les monstres mais aussi parce que Batman n’existe qu’à travers ses ennemis. Il peut être perçu comme un simple faire-valoir mais l’approche de Burton de Batman est juste. Batman agit comme un justicier fantomatique qui n’apparaît que lorsque le mal, qui ronge la ville, l’appelle à répliquer. Le héros n’existerait pas sans criminalité et c’est cela qui motive Bruce Wayne à endosser le rôle du justicier masqué. Il ne se sert au final de ce statut que comme une sorte d’exutoire motivé par la mort de ses parents. Il en arrive à un point où il ne fait plus cela pour soulager son mal être, mais parce que c’est devenu l’intégralité de sa personnalité et de sa vision manichéenne.

-Qui es-tu ?
-Je suis Batman.

Le temps d’apparition de Batman est en ce sens bien dosé. Même si le choix de Michael Keaton s’avère judicieux, celui-ci jouant un « Batman/Bruce Wayne » à la force mentale contenue et mystérieuse, marquant ainsi la dualité de ses différentes facettes psychologiques, il apparaît la plupart du temps en un Bruce Wayne pensif et déconnecté. Il aurait été intéressent d’exploiter un peu plus le ressenti du personnage en extériorisant d’avantage son conflit intérieur. D’autres éléments décriés comme celui d’avoir lié les origines de Batman à celle du Joker (celui-ci ayant tué les parents de Bruce dans le film) me paraissent plutôt censés car à travers le comic, la relation entre les deux protagonistes est symboliquement caractérisée par le fait que l’un n’a pas lieu d’être sans l’autre. Chacun est à l’origine de l’autre, leur raison d’être en est que plus forte et leur confrontation marque chez Bruce Wayne un moyen de faire le deuil.
 

Autre reproche : Batman dans le film tue le Joker ce qui est à priori contradictoire et contestable par rapport à la ligne de conduite du personnage. Mais à l’origine, Batman était un justicier qui utilisait des armes et qui n’hésitait pas à tuer ses ennemis. Le personnage dans les comics a simplement, au fil du temps, été aseptisé afin de respecter une loi visant à moraliser les comics. Cela a permis aux scénaristes de faire réapparaître certains ennemis très appréciés des lecteurs. Du côté des personnages secondaires, la reporter Vicki Vale, qui cherche à en savoir plus sur l’énigme que représente l’homme chauve-souris, donne la touche romantique du film et aussi un point d’entrée à l’intrigue. Elle fait à son désavantage figure « d’élément racolée », cependant le contexte, « emblème métaphorique » de la lutte du bien contre le mal qui s’insinue à la fois dans Gotham et dans l’esprit de ses personnages, utilise des archétypes entendus et cohérents.
 

Le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon sont hélas trop peu exploités dans le film alors que dans le comic ils représentent avec Batman une trinité qui lutte contre la criminalité de Gotham. Ils apparaissent ici de façon anecdotique. Un dernier point concernant la musique composée par Danny Elfman, fidèle compositeur de Tim Burton : ses compositions rendent une véritable claque. Elles viennent illustrer l’aspect ténébreux, grotesque, décalé, parfois burlesque avec une telle excessivité et expressivité, que le thème principal donne déjà le ton avec cette sorte de marche funèbre et militaire dont les mélodies resteront dans l’inconscient collectif et redéfiniront ce que doit être un univers de super héros.

Au final le film réussi ce qu’il entreprend. On peut lui reprocher certains traitements de personnages ou autres facilitées es mais Batman ne manque pas de style. Ce n’est pas le film ultime de Burton, cependant il parvient à en faire un excellent film à l’expression visuelle marquée avec tout le bagage artistique et les thématiques chères au réalisateur. Il récidivera et viendra parachever sa vision du personnage 3 ans plus tard avec Batman Returns qui est une version encore plus personnelle et intense du chevalier noir.




Teddy Slamani





mardi 27 mai 2014

Les Prix et Nominations du 67e Festival de Cannes


Le 67e Festival de Cannes


Du 14 au 25 mai 2014
 

En compétition pour la Palme d’Or :

Adieu au Langage de Jean-Luc GODARD
Captives d’Atom EGOYAN
Deux Jours, Une Nuit de Jean-Pierre DARDENNE et Luc DARDENNE
Foxcatcher de Bennett MILLER
Futatsume No Mado de Naomi KAWASE
Jimmy’s Hall de Ken LOACH
Le Meraviglie d’Alice ROHRWACHER
Leviathan d’Andrey ZVYAGINTSEV
Maps to the Stars de David CRONENBERG
Mommy de Xavier DOLAN
Mr.Turner de Mike LEIGH
Relatos Salvajes de Damian SZFIRON
Saint Laurent de Bertrand BONELLO
Sils Maria d’Olivier ASSAYAS
The Homesman de Tommy Lee JONES
The Search de Michel HAZANAVICIUS
Timbuktu d’Abderrahmane SISSAKO
Winter Sleep de Nuri Bilge CEYLAN


En compétition pour le prix Un Certain Regard :

Amour Fou de Jessica HAUSNER
Bird People de Pascale FERRAN
Charlie’s Country de Rolf DE HEER
Dohee-Ya de July JUNG
Fantasia de Wang CHAO
Feher Isten de Kornél MUNDRUCZO
Hermosa Juventud de Jaime ROSALES
Incompresa d’Asia ARGENTO
Jauja de Lisandro ALONSO
La Chambre Bleue de Mathieu AMALRIC
Loin de mon Père de Keren YEDAYA
Lost River de Ryan GOSLING
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS
Run de Philippe LACÔTE
Snow in Paradise d’Andrew HULME
The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned BENSON
The Salt of The Earth de Wim WENDERS, Juliano RIBEIRO SALGADO
Titli de Kanu BEHL
Turist de Ruben OSTLUND
Xenia de Panos H. KOUTRAS




SECTION LONG MÉTRAGE



La Palme d’Or pour :
Winter Sleep de Nuri Bilge CEYLAN


Le Prix du Jury pour :
Mommy de Xavier DOLAN
Ex-aequo avec Adieu au Langage de Jean-Luc GODARD


Le Grand Prix pour :
Le Meraviglie d’Alice ROHRWACHER


Le Prix de la Mise en Scène pour :
Foxcatcher de Bennett MILLER


Le Prix du Scénario pour :
Leviathan d’Andrey ZVYAGINTSEV et Oleg NEGIN


Le Prix d’Interprétation Masculine pour :
Timothy Spall dans Mr.Turner de Mike LEIGH


Le Prix d’Interprétation Féminine pour :
Julianne Moore dans Maps to the Stars de David CRONENBERG




SECTION COURT MÉTRAGE



La Palme d’Or pour :
Leidi de Simon MESA SOTO


Le Grand Prix pour :
Aïssa de Clément TREHIN-LALANNE
Ex-aequo avec Ja Vi Elsker d’Hallvar WITZO





SECTION UN CERTAIN REGARD



Le Prix Un Certain Regard pour :
Feher Isten de Kornél MUNDRUCZO


Le Prix du Jury pour :
Turist de Ruben ÖSTLUND


Le Prix Spécial pour :
The Salt of The Earth de Wim WENDERS et Juliano RIBEIRO SALGADO


Le Prix d’Ensemble pour :
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS


Le Prix du Meilleur Acteur pour :
David Gulpilil dans Charlie’s Country de Rolf DE HEER


La Caméra d’Or pour :
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS





SECTION CINEFONDATION



Le Premier Prix pour :
Skunk d’Annie SILVERSTEIN


Le Deuxième Prix pour :
Oh Lucy ! d’Atsuko HIRAYANAGI


Le Troisième Prix pour :
Lievito Madre de Fulvio RISULEO
Ex-aequo avec The Bigger Picture de Daisy JACOBS





SECTION PRIX VULCAIN




L’artiste Technicien Dick POPE, directeur de la photographie, mise en lumières des œuvres de Turner dans Mr.Turner de Mike Leigh




jeudi 20 mars 2014

Percer dans le Cinéma : Ambitions et Possibilités

 
Depuis peu d’années, le cinéma devient une discipline de plus en plus à la mode. Réservé à l’élite des écoles ou aux artistes qui ont su se faire un nom, le phénomène continue de s’étendre au sein des universités. Les candidats sont toujours plus nombreux, mais qu’en est-il de leur avenir d’apprentis cinéastes ? Bien qu’il soit réputé comme étant un univers « fermé » ou « difficile d’accès », les étudiants se lancent corps et âme sur des sentiers étroits. Cette orientation correspond-t-elle en une entière confiance des ambitions ou plutôt à un besoin personnel ?

Le Cinéma Français de la fin des années cinquante et des années soixante voit émerger un groupe d’artistes auquel les journalistes et écrivains donneront le nom de La Nouvelle Vague. Le court métrage de Jacques Rivette, Le Coup du Berger de 1956, marque le début de cette ère. Il s’agit d’une époque marquée par le besoin de changer les codes du cinéma français face à un cinéma américain qui s’est implanté en Europe après la Seconde Guerre Mondiale. La Nouvelle Vague ne constituait pas en soi une révolution technologique, mais une façon différente d’aborder le cinéma : d’autres points de vue, de nouveaux engagements socio politiques, des angles divergeant du cinéma français traditionnel. Ce qui a fait la force de ce cinéma n’était pas l’apparition soudaine de plusieurs génies mais bien leur souci d’appartenir à un « groupe » solide. La difficulté aujourd’hui réside dans la capacité de former de nouveau un groupe. Les revendications et les talents ne manquent pas. Au contraire, comme nous venons de le préciser, les « apprentis cinéastes » sont de plus en plus nombreux, le besoin de s’exprimer demeure, mais cet engouement n’a que pour frein et faiblesse son individualisme. François Truffaut, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Eric Rohmer, Claude Chabrol, d’autres critiques du cinéma dont André Bazin se sont imposés grâce à leur talent et l’entraide.
Est-ce que ces dernières années et le contexte de crise économique nous permettent de saisir les rennes de l’industrie cinématographique ?

Nous pouvons citer les différentes voies qui s’ouvrent à nous pour apprendre le cinéma. Il a été démontré qu’il n’existait aucune voie « royale » afin de percer dans cet univers. J’ai par le passé connu un homme qui a été banquier  jusqu’à ses quarante ans et qui est devenu par la suite scénariste pour la télévision. Il faut comprendre que les études cinématographiques, même si elles élargissent nos connaissances autour du 7e Art, ne garantissent en rien notre insertion dans cette industrie. Beaucoup de facteurs déterminent notre réussite : les opportunités, la connaissance, le talent et le travail, les moyens, le projet ou « l’idée qui tombe à pic », la collectivité, la motivation, la persistance, la confiance en soi, la patience… . L’important est d’avoir conscience des obstacles et de l’épreuve que cela représente. L’information est sans doute ce qui manque. Comment comprendre ce monde si nous n’y sommes pas confrontés ?
Dès le lycée voire le collège il existe (dans certains établissements) des options « audiovisuelles ». Ces options ont pour but de faire participer les élèves en les présentant à des professionnels. Ensemble, ils créent un projet qu’ils mettent en scène. Ces projets sont construits à la fois autour de sujets simples et originaux qui nécessitent l’aide d’un budget restreint et pourtant pas anodin. L’élève fait ses premiers pas en tant qu’acteur, étudie la place de son corps dans l’espace, il assiste à la réalisation et au montage. Il participe à des forums des métiers, assiste à des meetings et à des projections de films. Après le bac, il faut faire un choix. Lequel est le plus judicieux ?

-Les écoles : La FEMIS, l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumières, l’EICAR, le CLCF, La Cité du Cinéma, l’ESEC, l’Ecole des Gobelins (films d’animation), les Cours Florent, le CEEA, La Comédie Française… . Ces écoles sont réputées dans toute l’Europe et dans le monde. Elles garantissent un enseignement à la fois théorique et technique. Elles donnent aux élèves une notoriété. Sortir avec succès de ces écoles attestent de l’assiduité dans les formations cinématographiques. Ces écoles permettent des rencontres entre de grands professionnels et les élèves. Une école favorise la création de « groupes ». Ils réalisent ensemble des projets qui sont, par exemple, diffusés dans des Festivals. L’accès  à ces écoles est cependant très restreint. Tous les ans, chaque école forme une trentaine d’élèves qui sont sélectionnés sur un millier de candidats avec le rêve de percer dans le cinéma. Le concours est payant. Les écoles sont payantes et assez chères. Il faut dans certains cas posséder le baccalauréat. L’accès à la formation ne promet pas un avenir de gloire et de succès dans le Cinéma mais donne aux élèves de meilleures chances lors de la recherche d’emploi dans ce secteur. Le concours requiert au préalable des connaissances. Le concours impose une limite d’âge (par exemple de 18 à 30 ans) et de tentatives. Le choix des projets n’est pas forcement libre mais imposé.

-Les BTS : les BTS se concentrent sur les aspects techniques de l’image et du son. Certains établissements possèdent des spécialités, par exemple « le montage » au Lycée Robert de Luzarches à Amiens. Les études sont moins longues mais l’apprentissage est extrêmement spécialisé (au moins deux ans). Les domaines sont : l’utilisation de la caméra, du son, du montage, de l’éclairage… . Ces BTS procèdent également à une sélection des élèves sur dossier et sur candidature. Les chances de trouver du travail sont plus élevées grâce à l’aspect technique.  Les élèves peuvent travailler pour le cinéma, la télévision, avec les media, dans de nombreux secteurs du spectacle. Ils expérimentent de nombreux logiciels comme Photoshop ou In design utiles pour une grande majorité des employeurs. Il manque un apprentissage théorique poussé. Les BTS se font plus rares.

- Les Universités : Il existe une Licence en Arts du Spectacle sur une durée de trois ans. Il est possible de se spécialiser en Cinéma, en Théâtre, en Arts Plastiques et en Histoire des Arts. Il est possible de continuer sur deux ans en partant sur un Master Cinéma spécialisé (recherches, documentaire, scénario, réalisation, secteurs culturels…). Il faudra changer d’établissement en fonction de l’orientation. Puis encore trois années supplémentaires en accomplissant un doctorat qui permet également de devenir professeur de Cinéma. Ces apprentissages s’appuient en grande partie sur l’aspect théorique du Cinéma. Ces formations ont quelques ateliers mais ne proposent pas une formation aussi technique que les BTS. Ces parcours permettent de développer le sens de l’organisation des projets, les qualités rédactionnelles, les connaissances et la préparation aux concours des écoles. L’Université ne favorise pas autant la construction de « groupes » comme les écoles. L’industrie du cinéma est plus accessible par l’aspect technique que théorique. A l’issue de la fac, beaucoup changent leurs projets d’avenir par nécessité. Ces études peuvent êtres longues allant jusqu’à huit ans d’études. La formation universitaire notamment en Cinéma permet une construction de soi très enrichissante et pertinente. Elle mêle de nombreuses disciplines : Histoire, Langues, Philosophie, Social, Français, Lettres et Arts. Contrairement aux écoles et aux BTS, l’université propose plus difficilement un métier dans l’industrie cinématographique. Il en dépend de l’implication extra-scolaire de l’élève.


Ces exemples de parcours correspondent à ce qui existe globalement aujourd’hui. Il y a la possibilité d’accomplir des stages conventionnés qui apportent un excellent complément dans la limite où ce dernier est décroché. Il est possible d’accumuler les parcours. Commencer par l’université et continuer en réussissant le concours de l’une de ces écoles. Le cumule des parcours implique de longues années. Une formation implique au moins deux ou trois années. Lorsque l’on change de parcours on rajoute trois ou deux ans. Ainsi de suite. Les moyens financiers doivent suivre, le contexte affectif et la confiance en l’avenir également. L’université est le parcours le moins cher. Aucun d’entre eux ne garantit le succès dans le Cinéma. Il est possible aussi de mélanger différents corps de métiers. Un apprentissage du Cinéma et une formation en journalisme reste très cohérent dans l’intention de travailler en tant que critique. Il ne faut jamais oublier que la voie « royale » n’existe pas. L’aventure est hasardeuse et il faut en avoir conscience. Certains passionnés choisissent de faire leurs preuves en devenant « autodidacte ». Je vais prendre l’exemple d’un apprenti cinéaste, Kevin Muller, âgé de 21 ans qui rêve lui aussi de percer dans l’univers cinématographique. Kevin a suivi l’option théâtre au lycée puis une formation d’acteur aux Cours Florent. Il utilise Internet, mode de communication de ces dernières générations, pour promouvoir ses idées et ses projets. Il sollicite l’aide que l’on nomme « l’appel aux dons ». Il exploite intelligemment le médium le plus présent dans nos sociétés. Le net devenu le principal diffuseur de vidéos dans le monde a permis à de nombreux « amateurs » de sortir du lot. Je pense entre autres à la vague des podcasts (Cyprien, Norman, Hugo ou encore What the Cut) qui combinent avec stratégie, humour et la tendance du « court ». La série BREF, Scènes de Ménage, Nos chers voisins, puise leur force dans ces mêmes stratégies : court, drôle, pertinent et surtout en lien avec le quotidien. Kevin réalise ses propres vidéos qu’il publie sur Youtube. Il crée des buzz afin de donner envie aux internautes de le soutenir. Surtout, il a su s’entourer d’amis et de professionnels avec qui il monte ses projets. Il crée son site web dans lequel il décrit son parcours, met en vitrine ses talents et ses services. Depuis plusieurs jours il se sert des réseaux sociaux afin de promouvoir son dernier projet PANDORE, un court métrage original en voie de réalisation. Kevin et son équipe ont effectués de nombreuses démarches. Ils ont le soutien de l'association Deadalus Pictures qui finance en partie PANDORE et des studios TSF à Epinay sur Seine. Cependant pour accomplir son but, Kevin doit réunir la somme totale de 2000 euros en un temps restreint. Il s’agit là d’un montant peu élevé lorsque l’on sait ce qu’impose la production d’un court métrage. Kevin emploie la méthode qu’il a utilisée jusqu’ici, « l’appel aux dons », en passant par le site Ulule destiné à la promotion de projets. Il lui reste une quinzaine de jours pour atteindre son objectif. Pour mettre toutes les chances de son côté et convaincre une large population de la pertinence du projet, Kevin donne vie à son travail en révélant au fur et à mesure les rouages de PANDORE. Il anime ses pages web (kevinmuller.fr, facebook, youtube…) de vidéos, de teasers, en parlant de son casting composé de Didier DeRuelle-Kahne et de Chantal Baroin, en présentant le travail de son équipe, en donnant les prémices de son scénario et les images de son story-board. Percer dans le cinéma est indissociable d’une prise de risques mais il ne les prend pas seul. Kevin se donne les moyens pour vivre de sa passion et par force de communication, a le mérite d’avoir exploité avec succès l’ingrédient qui a fait de La Nouvelle Vague ce qu’elle a été : un « groupe ». Kevin qui ne suit plus l’école, ni un BTS, ni l’Université, est finalement plus près de la vérité qu’on ne le pense.




Rameau Antoine

 

vendredi 7 décembre 2012

Le Code Hays


Les nouveaux artistes devaient faire face au Code Hays et trouver un moyen de le contourner, ou alors ils prenaient le risque de vouloir choquer ouvertement. « Le pouvoir politique s’est toujours assuré le contrôle idéologique de la production grâce à la censure morale (code Hays), censure politique (Maccarthysme), censure économique (la classification des films) ». En 1915 un arrêt de la Cour Suprême institutionnalise définitivement la censure au cinéma en stipulant que le 7ème art « ne peut pas bénéficier de la protection de la liberté d’expression ». En 1921 l’ex ministre William Hays est nommé à la tête du MPPDA (Motion Picture Producers and Distributors Association). Il instaure une charte en 1934, visant à contrôler la censure morale. Le code Hays proscrit les images et les sujets suivants : nudité, traite des Blanches, perversions sexuelles, miscégénation, accouchement, situation indécente et obscène, respect de la religion et de la nation, crime, déformations de mots. Plus exactement :

1.      Aucun film ne sera produit qui pourrait abaisser les standards moraux de ceux qui le voient. La sympathie du spectateur ne doit jamais être jetée du côté du crime, des méfaits, du mal ou du pêché.

2.      Seuls des standards corrects de vie soumis aux exigences du drame et du divertissement seront présentés.

3.      La loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent.

Ainsi le cinéma américain impose sous le Maccarthysme une censure au monde cinématographique, entravant de nombreuses possibilités d’expression. Nous pouvons penser à Hitchcock lui-même, qui essayait différentes approches esthétiques pouvant contourner la censure. On peut prendre l’exemple d’une scène où une femme se déshabille. Hitchcock nous montrera l’ombre au mur, à défaut de pouvoir montrer cette scène directement. Seuls les films patriotiques, à la manière d’un Pearl Harbor, arrivent à débloquer un budget colossale pour leur réalisation, car ils mettent en avant la force du pays et montre les ennemis. Ces codes perdent progressivement de leur autorité à la suite de l’essoufflement du Maccarthysme à la fin des années 1960. Nous assistons à un effondrement du studio system après 1968, où un nouveau Hollywood retrouve ses marques pour renouer avec un certain classicisme tant esthétique que narratif. Les adaptations issues de la littérature sont mises de côté, au profit d’une production beaucoup plus jeune et personnelle.
Le Nouvel Hollywood est constitué de grands réalisateurs tels que : Brian De Palma, John Carpenter, George Lucas, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Stanley Kubrick, Monte Hellman, Robert Altman, Milos Forman, Roman Polanski, George A. Romero, William Friedkin, Sydney Lumet ou encore Woody Allen.
Ainsi que de grands acteurs : Robert De Niro, Al Pacino, Dustin Hoffman, Jack Nicholson et bien d’autres. A la suite du Code Hays, « Jack Valenti remplacera heureusement ce Production Code par le Rating System, qui classe simplement les productions selon des critères liés à l’âge du public ».



(I.T)
 

L'histoire du Nouvel Hollywood

Ce qu’on appelle le Nouvel Hollywood, est cette période qui se déroule de la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1980.
 
 
Nous pouvons parler là d’une crise dans le cinéma américain qui amena plusieurs changements. Une crise >> culturelle, >>politique et >>économique qui a conduit l’industrie cinématographique jusqu’à une transformation des idées dans le cinéma hollywoodien.
Il ne s’agit plus de l’âge d’or du cinéma américain, qui est à présent révolu, mais nous pourrons appeler ceci une résurrection d’Hollywood après plusieurs années de contrôle  par le gouvernement sur l’industrie du cinéma.
Avant de devenir un phénomène de contre-culture, le pouvoir du cinéma fut en perte de vitesse suite à une succession d’évènements graves.
 
Une crise économique ---> la montée du chômage, la baisse des salaires et la hausse de l’inflation. Les Etats-Unis connurent pour la première fois, leur premier grand déficit commercial. Nixon décida de suspendre la convertibilité de l’or en dollars.
 
Une crise politique ---> le scandale du Watergate qui se termina sur la démission du président Nixon. Mais le plus difficile pour le pays, fut l’expérience de la Guerre du Vietnam. Une guerre qui tua un nombre important de soldats américains et une guerre qui fut très coûteuse. Cette guerre qui dura de nombreuses années, ne produisit que des pertes et des désenchantements au sein du peuple américain.

Le peuple américain confronté à une guerre psychologique, se mit à tenir le gouvernement pour responsable. Le pays provoqua une perte de confiance générale et des sentiments de révolte.
Selon eux, ils perdirent en crédibilité. Les disfonctionnements du système furent pointés du doigt, et le gouvernement dut faire face à plusieurs manifestations.
Le Nouvel Hollywood connaît deux phases dans sa construction :
-une première entre 1967 et 1971 qui furent le moment de l’euphorie, de la dépense et de l’explosion.
-Puis une deuxième phase entre 1972 et 1979 qui furent le moment du désenchantement, de l’épuisement et du refroidissement.
 
Les Américains se rebellèrent contre un système qu’ils considérèrent trop autoritaire, contrôlant tout. Une vague de liberté d’expression éclata, allant aux limites du politiquement correct. Une ère de contre-culture commença, et notamment au sein de l’industrie du film, où les réalisateurs cherchèrent à devenir les maîtres de la production cinématographique hollywoodienne.
Ce fut la naissance: de figures marginales, une avancée de la violence et du sexe dans les films, un scepticisme chronique à l’égard de toute forme d’autorité, un irrespect des règles classiques, l’idée d’un cinéma comme médium. Nous pouvons sans doute voir à travers le Nouvel Hollywood, le désir et la motivation de produire un cinéma libre et sans limites, à la manière de la Nouvelle Vague et du néo-réalisme italien.
 
 

Quelques films du Nouvel Hollywood

 
 
Le Nouvel Hollywood devient la preuve d’un certain obscurantisme au sein des Etats-Unis. Les populations se mettent à voir le mal un peu partout, à se méfier des institutions, des services publics, de l’autorité et de la politique.
Les réalisateurs, mettent en scène cette société dans laquelle nous ne sommes pas en sécurité, qui nous met à l’écart ou voire nous rend criminels.
Je pourrais citer par exemple:
 
-Serpico de Sydney Lumet dans lequel le personnage d’Al Pacino est en conflit avec la police corrompue
 
-Vol au dessus d’un nid de coucou d’un nid de coucou de Milos Forman, avec Jack Nicholson, sujet aux mauvais traitements au sein d’un hôpital psychiatrique
 
-Taxi Driver de Martin Scorsese, avec un Robert De Niro, marginalisé, solitaire, en proie à la violence et à la déchéance des populations
 
-L’Inspecteur Harry de Don Siegel, avec un Clint Eastwood, vétéran de la guerre du Vietnam, qui réalise cette montée du crime, fait face à l’apparition de dangereux tueurs et autres traffics de drogue.
 
 
 
 
 
 
 
(A.R)