L'Art est sur l'Image Cinématographique

Un Blog sur l'analyse filmique et la critique


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mardi 7 octobre 2014

Analyse et Critique de MOMMY – De l’Amour dans un mot




Avec Mommy, le film de Xavier Dolan est une claque monumentale. Son cinquième film remporte le Prix du Jury lors du Festival de Cannes 2014. Souvent en compétition à « Un Certain Regard », son travail mérite toute notre attention. Phénomène ascensionnel du cinéma québécois, élevé au rang de jeune prodige, Xavier Dolan a réalisé son premier long métrage à l’âge de 20 ans et devient à 25 ans le plus talentueux de sa génération. Il n’est pas complètement inconnu du milieu. Il a joué auparavant dans des courts-métrages, tourné dans des publicités, son père était lui-même comédien chanteur. Bien que bercé par cet univers, il affirme n’avoir été influencé par aucun cinéaste et qu’il connait très peu ses classiques. Son inspiration vient plutôt des musiques de sa jeunesse (Céline Dion). 


La B.O participe avec le cadre et l’image à une orchestration des émotions. Il développe avec justesse les sentiments de ses personnages mais il expérimente à sa façon différents formats possibles. Le cinéma devient pour lui, comme pour Jean-Luc Godard, un laboratoire à exploiter. L’image 1 :1 est alors synonyme d’intimité mais aussi d’emprisonnement. Entre malaise et tendresse, la réception du spectateur est ambigüe. Il s’agit d’un regard « voyeuriste », un regard pour juger, un regard qui nous fait aussi culpabiliser. On va beaucoup plus loin que le film caricatural et « cultissimement » drôle d’Etienne Chatiliez La Vie est un Long Fleuve Tranquille. Le milieu populaire de Diane et Steve, sont parsemés d’habitudes et de défauts qui sont montrés avec humour mais surtout avec amour. Xavier Dolan transmet son amour pour ses personnages/acteurs, pour ses souvenirs, pour sa passion du cinéma. Il donne sa définition du mot espoir en ouvrant son format 1 :1 sur un Wonderwall (Oasis) à nous en donner des ailes. On s’émerveille, puis nous culpabilisons de nouveau quand le format 1 :1 s’impose. 


Le drame n’est pas seulement lié au déficit de Steve, mais surtout au sens du mot communication. Communication qui ne s’exprime pas toujours avec des mots. Un « code crypté » que seuls Diane et Steve peuvent échanger, l’amour d’une mère pour son fils, d’un fils pour sa mère. Le personnage de Kyla est un personnage en mal de communication, expliqué par son bégaiement. Elle va retrouver le goût de la vie en installant progressivement une thérapie d’entraide avec Steve. 


Coloré, rythmé, hyper cadré, Mommy est un oiseau qui veut sortir de sa cage, optimiste dans la conscience d’un monde parfois dur ou injuste. Il crie liberté, comme un marginal, comme un anarchiste et frappe dans le cœur du public. Ce même public des années 60-70 en exalte devant les personnages violents, dans le besoin de secouer le système, de bouger les choses.





Rameau Antoine

jeudi 11 septembre 2014

BOYHOOD - 12 years a boy




Film de 2H46, sorti en 2014 avec  Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater… .

Boyhood est un film de Richard Linklater auquel il faut accorder du temps. Le réalisateur a entreprit ce projet sur une durée de douze années pendant lesquelles il a collaboré avec les mêmes acteurs, qu’il voit grandir et mûrir à travers ses protagonistes.  Ce film peut être appelé « expérimental » car les conditions de tournage ont été des plus exceptionnelles et démontrent que la barrière fictionnelle peut avoir une place ambiguë. Jean Rouch, un réalisateur et ethnologue français, s’est fait connaître pour ses nouvelles méthodes cinématographiques notamment la docufiction qui introduisit une part de fiction au sein d’un travail à but anthropologique. Dans le cas de Richard Linklater il s’agirait plutôt du contraire. Il trouve le moyen de donner un frappant réalisme à sa fiction. En suivant l’évolution de l’acteur principal Ellar Coltrane, sa vie privée est remise en question et nous pousse à nous demander ce qui est fictif ou réel. Qui est-il de l’acteur ou du futur jeune photographe ? C’est ce qui donne toute la profondeur au film et accentue la poésie de cette génération regardée à la manière d’un road movie et qui se pose la question : quel rôle doit-on jouer ? Cette interrogation est cruciale pour une œuvre qui mêle acting et vie individuelle. Il n’y a pas de réponse, on filme c’est tout. Le réalisateur aurait pu en filmer d’avantage. L’intérêt était de capter le monde sous l’angle d’un regard et de constater ce qu’a été la jeunesse du garçon. Richard Linklater par le biais de la caméra, se positionne comme un troisième parent aux côtés de la mère jouée par Patricia Arquette tout en gardant sa principale proximité avec Mason (Ellar Coltrane). Nous suivons Mason dans son cocon familial jusqu’au jour où il quitte le nid. Le film s’arrête peu de temps après le départ de Mason pour la fac. La réaction de sa mère est intéressante car cette émotion est probablement partagée avec le réalisateur qui va devoir achever son projet. L’attachement aux acteurs s’est concrétisé. La mère répond : je me suis mariée, j’ai divorcée, j’ai changée de maison, élevée mes enfants, je paye mes factures et tout ça pour ça. Comme un troisième parent, Richard Linklater doit laisser Ellar continuer sa route et doit « couper » le lien qui l’uni à ses personnages. Il ne faut pas oublier que la propre fille de Richard Linklater, Lorelei Linklater joue le rôle de la sœur de Mason, ce qui lie encore plus le réalisateur aux souvenirs qu’il a construits. A la recherche de « comment arrêter le temps » l’entourage de Mason le voit aller vers son indépendance. Le garçon finit sur ces phrases : « c’est le moment qui nous saisit ». Son travail de photographe lui permet de mettre un arrêt sur un moment tandis que le film se déroule de lui-même. Boyhood est un film non seulement à voir, mais à vivre car il est une explosion d’humanité.




Rameau Antoine

lundi 1 septembre 2014

Analyse et Critique - Enemy de Denis Villeneuve (2014)


En réponse à l'analyse de Wolvy 128 sur le blog Cinérama 

http://cinerama7art.com/2014/05/30/enemy-explication-et-decryptage/#comment-9608

 

J’ai interprété la scène du club autrement, ainsi que le titre du film car l’ennemi n’est peut être pas le double mais bien sa femme. Dans le club, on n’arrive pas à se situer entre "accouchement" ou "accouplement", les cris sont particuliers. L’araignée est un symbole de la femme, du piège par la toile, souvent utilisée pour exprimer des peurs et des phobies (Dracula) notamment la venue de l’enfant et la folie. Mais l’araignée "mâle" existe aussi et pour certaines espèces, la femelle mange le mâle après l’accouplement. Le talon qui s’apprête à écraser l’araignée, est le talon d’une femme et pas celui d’un homme qui voudrait se débarrasser de cette créature. Anthony (ou peu importe son nom, je ne pense pas qu’un nom domine l’autre) est clairement en proie et cherche à fuir. L’araignée est apportée sur un plateau, comme s’il s’agissait du repas mais correspond peut être aussi à la tête de saint jean baptiste offert à Salomée figure d’une tentatrice. La femme enceinte est une icône, sa position sur le lit, nue, la montre comme une divinité. La nuit au club a des connotations religieuses. Les hommes sont à la fois les prétendants, les "rois mages", et Anthony a le souci d’être l’élu. Ils attendent la venue de l’enfant comme s’il s’agissait d’un dieu.
Je pense que nous ne sommes pas simplement dans le souci de la "schizophrénie" qui est une question en première ligne, mais dans le souci de l’authenticité. Je me suis même demandé pendant le film s’il ne s’agissait pas des fantasmes sordides de la femme. Peut être qu’elle imagine tout cela même si c’est difficile à concevoir. Elle est dans la crainte de le perdre et chercherait un Adam Bell, présent, capable de remplacer le mauvais Anthony. Anthony meurt aux côtés de Mélanie Laurent, autre sorte de prédatrice. Un plan dans le bus, montre ses chaussures en peau de reptile. Le serpent est le prédateur de l’araignée. On la voit régulièrement remonter la fermeture de sa robe proche d’une seconde peau. D’ailleurs quand Anthony porte son cuir noir, il ressemble métaphoriquement à une araignée. Mélanie Laurent est clairement une rivale, un serpent prêt à dévorer l’araignée. Elle participe peut être au délire de la femme d’Anthony. Elle constate la marque de la bague, comme si l’anneau a été retiré du doigt d’Anthony pour être mis à Adam.
La chambre est véritablement le lieu de la permutation et je crois comprendre que tu es admiratif du travail Lynchien, plus particulièrement Mulholland Drive. Enemy ressemble de près à Mulholland Drive. Une clé mystérieuse qui est la réponse, une boîte bleue (ici la pièce secrète du club), la vie contraire et bouleversée de Naomi Watts. Le film est dit drame psychologique mais aussi fantastique et je pense qu’il ne faut pas écarter la veine fantastique. En tout cas il y a le Adam Bell qui rêve d’être Anthony, bon au lit, mais à côté c’est aussi un perdant, un pauvre figurant de cinéma.
Je te recommande au passage un film d’animation japonais dont le titre est Perfect Blue, qui permet aussi de voir Enemy différemment .
J’ai interprété autrement la cicatrice, peut être une blessure provoquée par l’araignée à la fin du film dans cette ambiguïté de la peur et d’une attaque probable. Il s’agit ensuite d’une marque que la femme enceinte aurait pu laisser à Anthony. Je le trouve étrangement fier lorsqu’il présente sa cicatrice. En tout cas je n’ai pas retenu l’accident de voiture, c’est peut être le cas. Au contact de la clé longtemps restée dans l’enveloppe, Adam voit sa femme sous son vrai jour. En gigantesque araignée. Dans Mulholland Drive l’ouverture de la boîte bleue perturbe le déroulement du film. J’ai aimé ton propos sur la farce qui arrive en second temps. Le problème comme toutes les boucles, rien ne nous garantit qu’il s’agisse de la deuxième répétition. Sa réaction à la fois amusée et effrayée, est un soupir exaspéré qui démontre sa compréhension de la situation.
Selon moi, Adam est autant un danger pour Anthony, qu’Anthony l’est pour Adam. Le titre Enemy est au singulier car c’est sans doute la façon dont il perçoit sa femme, et qu’il n’arrive pas à assumer sa tâche.
Entièrement d’accord sur la structure de film en forme de boucle. On dirait un serpent qui se mord la queue. La femme sur la photo déchirée, personnellement je ne la reconnais pas. On pourrait tout à fait imaginer qu’il y a toujours une femme différente sur l’autre moitié et que la femme enceinte trouve un moyen de s’en débarrasser. Si Mélanie Laurent est un serpent, elle mue, change d’apparence à chaque fois.

J’ai malheureusement développé trop d’hypothèses et de doutes pour cerner le vrai du faux. Je préfère en rester sur ta vision qui est certainement la bonne et celle donnée par les critiques. Peut être que le film manque parfois de clarté. Il faudrait lire le livre. Très photographique, la teinte jaune est souvent prêtée au film fantastique (Nosferatu), au film de conte (les films de jeunet) ou au souvenir (David Fincher, par exemple Millénium). Peut être que la teinte est une façon de regarder à travers la vision d’une araignée. Le film divisera obligatoirement le public en deux. Ceux qui aiment l’ambiguïté et tout simplement parce que le film est très esthétique, fort en symbolisme, puis permet de nous laisser libre interprétation. D’autres seront du parti de dire "ce qui se conçoit bien s’énonce clairement".

Rameau Antoine

vendredi 8 août 2014

Critique et Analyse de Mister Babadook de Jennifer Kent – Presque une anagramme ?

 

Mister Babadook (-12 ans) : 1h32, film d’horreur australien réalisé par Jennifer Kent, sorti le 30 juillet en salles.

Casting : Essie Davis (Amélia), Noah Wiseman (Samuel), Daniel Henshall (Robbie), Hayley McElhinney (Claire)

Le film remporte le prix du jury, le prix du jury jeune, le prix du public et le prix de la critique lors du Festival International du film fantastique de Gérardmer 2014. Il appartient à la sélection « New Frontier »  lors du Festival du film de Sundance 2014. Mister Babadook reçoit de nombreuses critiques positives. Il s’agirait du premier film de Jennifer Kent, tourné avec peu de moyens.

Résumé : Amélia veuve depuis 7 ans, élève seule son fils Samuel qui semble présenter des troubles du comportement. Ancienne écrivain de contes pour enfants, elle découvre un soir pour la première fois, un livre intitulé Mister Babadook. Des évènements obscurs se produisent après la lecture de l’histoire. Comment ce livre est arrivé là ? Pourquoi le Mister Babadook fait son apparition ?



Avis : Mister Babadook est comparé à de récents films comme Insidious ou The Conjuring de James Wan et d’anciens comme Rosemary’s Baby de Roman Polansky. Ces œuvres réinventent à leur manière le style de « la maison du diable » ou les personnages sont prisonniers des fantômes, des sorcelleries et diverses possessions. La maison entièrement coupable des tourments qu’elle fait subir aux personnages est animée par une âme défunte et tourmentée. La plupart du temps, parents et enfants sont confrontés ensemble à survivre aux pressions et aux sévices qui conduisent le spectateur vers la révélation d’un secret ou d’un souvenir enfoui. L’enfant se retrouve souvent au cœur du problème, incarnant l’innocence et renvoyant même au mensonge de ses propres parents. Mister Babadook triomphe car il exploite intelligemment tous les codes de son genre.


Ceux qui l’ont vu : Dans le film nous apprenons qu’Amélia a perdu son mari dans un accident de voiture, le soir où elle allait accoucher de Samuel. On apprend aussi qu’elle écrivait des contes pour enfant. Un beau jour sans raison, ils découvrent le livre de Mister Babadook. On se rend compte que tous les incidents sont plus ou moins liés au père. Le Babadook se sert de lui pour attirer Amélia dans son piège. On peut supposer que le Babadook n’est autre que l’âme maléfique du père. Babadook serait presque une anagramme (en changeant la place des lettres nous obtenons un autre mot ou un autre nom) pour dire Dadabook ou bien Daddybook (le livre de papa). Le livre est probablement une œuvre post-mortem écrit par Amélia afin de faire le deuil de son mari. Elle l’aurait oubliée par la suite. Construit comme un Requiem, Amélia et Samuel prononcent les mots « Ba ba-ba dook dook DOOK » sorte d’incantation. Le monstre est repoussé jusque dans la cave ou gisent un peu partout les souvenirs appartenant au père. Un manteau, des gants et un chapeau, font écho au costume du Babadook.

Si on devait aller plus loin (ce qui risquerait d’être tordu) cette expérience vécue par les deux personnages ressemble au rite du « complexe œdipien » avec le meurtre symbolique du père que doit encore effectuer Samuel.





Rameau Antoine


mardi 1 juillet 2014

NYMPH( )MANIAC – La Provocation à un maître : Lars Von Trier

 

Sorti en salles le 1er Janvier 2014 et réalisé par Lars Von Trier (-16 ans)

Filmographie : Element of Crime (1984), Epidemic (1987), Europa (1991), Breaking The Waves (1996), Idioterne (1998), Dancer in The Dark (2000), Dogville (2003), Five Obstructions (2003), Manderlay (2005), Le Direktor (2006), Erik Nietzsche mes années de jeunesse (2007), Chacun son Cinéma (2007), Antichrist (2009), Melancholia (2011), Nymphomaniac (2013)

Casting : Stellan Skarsgard, Shia Labeouf, Charlotte Gainsbourg, Jamie Bell, Willem Dafoe, Connie Nielsen, Christian Slater, Stacy Martin, Uma Thurman, Hugo Speer, Jens Albinus, Nicolas Bro, Mia Goth, Sophie Kennedy Clark, Udo Kier, Jean-Marc Barr, Shanti Roney, Jesper Christensen.

Œuvre en deux volumes. Initialement le long métrage représentait 5h30 mais le producteur a fait le choix de retirer un total de 1h30. Par la suite cela a donné 2 films. De nombreuses scènes ont été censurées mais le film reste explicite. Suite à une ordonnance en référé du tribunal administratif de Paris, Nymphomaniac a été interdit au moins de 16 ans au lieu de 12 ans.


Joe (Charlotte Gainsbourg) est recueillie par Seligman (Stellan S.) qui la retrouve blessée au beau milieu de la rue. Les deux personnages se retrouvent chez lui, en tête à tête, et passent toute la nuit à discuter de la nymphomanie de Joe. Elle raconte son vécu sous forme de chapitres. Ils débattent et se redécouvrent eux-mêmes.

Quel est ce film que le réalisateur danois le plus controversé nous balance à la figure ? Le blasphème lui sied parfaitement sans qu’on lui en tienne rigueur. Il nous manipule sans efforts à l’aide de ses nombreuses théories scientifiques et « masturbe » les esprits de sa culture. Un type capable de sortir la pire monstruosité et nous faire acquiescer comme des moutons. Il nous invite au voyeurisme en nous proposant des scènes salaces aux tendances pornographiques.

Comme un Pasolini qui crache au visage d’une société hypocrite en lui livrant Salo et les 120 jours de Sodome.  Fascinant, intéressant, subversif, sans scrupules, Lars Von Trier est un provocateur dans l’âme. Son cinéma mérite notre attention car il est de qualité. Malgré ses pertinents choix artistiques, Lars n’est pas là pour se faire des amis : ça passe ou ça casse.

Nymphomaniac est croustillant d’anecdotes violentes et sexuelles. Pour le réalisateur, Joe n’est qu’un prétexte pour dénoncer la perversité de la société. Traitée comme une dangereuse déviante, Joe déshabille le loup déguisé en agneau, elle réveille les vraies natures et révèle la part sombre qui sommeille en chacun.  Malade et incontrôlable, elle ne peut être perçue comme l’incarnation du mal. Son entourage la maintien dans ce cercle vicieux et lui rejette la faute, incapable d’assumer ses actions.

Nymphomaniac est un film qui force la curiosité et brillant. Autant vous prévenir que ce n’est pas un conte pour les enfants. Le film doit être vu, rien que pour sa « cultissime » séquence avec Uma Thruman. Mettant en question nos responsabilités et notre vigilance, Lars Von Trier tourne une scène faisant écho à l’introduction d’Antichrist. Vous serez constamment ébahis, le derrière scotché à votre chaise. Cette œuvre est la boîte de chocolats (Forrest Gump) : vous ne savez jamais sur quoi vous allez tomber !




Rameau Antoine


jeudi 26 juin 2014

Analyse et Critique - A Touch of Sin de Zhang-Ke Jia


 
Film chinois sorti en salles le 11 décembre 2013 et réalisé par Zhang-ke Jia

Filmographie : Xiao Wu, artisan pickpocket (1997), Platform (2000), Plaisirs Inconnus (2002), The World (2004), Dong (2006), Still Life (2006), Useless (2007), 24 City (2008), I Wish I Knew (2010), A Touch of Sin (2013)

Casting : Jiang Wu, Vivien Li, Luo Lanshan, Wang Baoqiang, Zhang Jia-yi, Zhao Tao.

Nomination : Le film remporte le Prix du Scénario lors du Festival de Cannes de 2013.



A Touch of Sin traduit par « Un soupçon de pêché » se réfère au film A Touch of Zen de King Hu réalisé en 1971. Le film déroule quatre histoires avec quatre personnages diamétralement opposés. Le premier est un ouvrier, le second vit dans les taudis, la troisième travaille dans un salon de massage et le dernier est un jeune en recherche perpétuel d’emploi. Le film s’inspirerait d’évènements réels et se passe dans une Chine assez récente. Le réalisateur créé un univers qui tourne autour du « wuxia » (héros-guerrier ou chevalier martial ou chevalier errant) figure décrite dès le 2e siècle av J-C.

On peut penser que ce film traite du « hors-la-loi », ressemblant en quelque sorte au « western » chinois. Les protagonistes sont chacun en proie à un monde violent, ils sont vagabonds, en quête d’une justice qu’ils appliquent eux-mêmes, par contrainte ou par choix. En déroute, ils semblent sans attaches et errants comme l’indique le terme wuxia. Ils sont à l’image d’un système déjà rude. Si l’on prend en considération les quatre personnages dans l’ensemble du film, il serait sans doute plus exact de les appeler « marginaux » (ou déviants de leur société).

On  s’attend à un quelconque lien entre eux car ils viennent à se croiser deux ou trois fois notamment lors du générique. L’absence de lien entre les personnages nous force à interpréter ces « croisements » différemment. Le film serait construit comme une « course de relais » et ils se transmettent leur violence de façon symbolique : comme si le pêché était transmis du bout du doigt. Ils deviennent chacun leur tour, des chevaliers errants, caractérisés par des attitudes ou des comportements. Il y a peu (voire pas) de musique. Par moment les « héros » ne parlent pas, sont muets. Ils sont dans la continuité du mouvement, sur la fuite, l’égarement. À leur façon ils avancent dans la narration : l’un en tuant ses patrons les uns après les autres, l’autre en étant de passage chez sa famille avant de devoir fuir, l’une après avoir tuée deux hommes et le dernier à la recherche d’un endroit où se sentir à sa place. A Touch of Sin dépeint d’une certaine manière la mentalité et l’atmosphère qui règne en Chine au sein de sa population.

Les personnages encaissent, puis viennent à exploser ne trouvant plus de solution à leur situation. Les quatre protagonistes portent un regard soucieux sur la collectivité et cherchent leur insertion en société. Confrontés à l’échec, ils basculent malgré eux vers le résultat inverse et nous renvoient au sentiment de solitude général.

Zhang-Ke Jia travaille la violence avec intelligence, qui est à la fois un aspect de leur culture et devient une forme d’inquiétude artistique.


L’info en plus : Le réalisateur Nicolas Winding Refn dans son œuvre Only God Forgives, construit le personnage de Julien de la même façon que le wuxia. Dans un monde d’errance, de justice, de silence et de violence.





Rameau Antoine



vendredi 30 mai 2014

American Horror Story Coven vs The Lords of Salem


AMERICAN HORROR STORY – L’évènement de Ryan Murphy et Brad Falchuk

« Est-ce que American Horror Story Coven Saison 3 sera à la hauteur des deux premières ? Les Sorcières de Salem en désenchantent certains ».
 

C’est en octobre prochain que sortira le coffret DVD de la troisième saison. Diffusée pour la première fois en 2011 avec AHS (American Horror Story) Murder House puis en 2012 avec AHS Asylum, les créateurs de Nip/Tuk ont réunis 5,5 millions de téléspectateurs américains avec le pilote du troisième volet.

Le public se sent moins conquit par la dernière saison qui ne semble pas autant effrayer et tenir en haleine que les deux précédentes. Ryan Murphy et Brad Falchuk se sont proposés comme les « pères castors » de l’histoire d’horreur. La série Creepshow fonctionnait déjà sur ce principe des petites histoires racontées par l’amusant squelette tenant son livre. Les épisodes Creepshow arrivaient à surprendre et n’étaient pas accessibles à un jeune public. AHS peut être perçue soit comme le plat réchauffé des récits connus qui constituent notre culture fantastique ou bien comme un hommage à l’ensemble de ces histoires, mis en scène à l’aide d’un fil rouge qui rassemble à chaque saison le même casting (ou presque) d’acteurs. L’idée d’AHS est très commercial car ils exploitent de grands classiques de la littérature ou du cinéma : Amityville, L’Exorciste, La Dalhia Noir, Poltergeist, Massacre à la tronçonneuse, A la rencontre du troisième type, Les Sorcières de Salem, Le Sixième Sens, Frankenstein et bien d’autres.

Cette série a pour avantage de se renouveler à chaque saison ce qui lui permet autant de durer, que de s’arrêter si elle ne marche plus. Autrement dit, un projet commercial sans trop de risques sur le long terme.

Puisqu’il faut changer d’histoires à chaque saison, il y a un risque que le téléspectateur soit moins sensible aux derniers choix. Murder House et Asylum mettaient en avant des personnages principaux qui sont devenus victimes de leur environnement. La famille qui emménage dans la maison du premier AHS ne s’attendait pas à toutes ces apparitions et les malades de la saison 2 n’imaginaient pas toutes les expériences qui se passaient au sein de l’asile. La saison 3 est vécu du côté des Sorcières, elles sont donc potentiellement les dangers. La surprise est moins grande. Sans la comparer à la série Charmed ou Buffy, les Sorcières de Salem et la magie vaudou sont des choix qui en valent bien d’autres.

N’oublions pas qu’avec Nip/Tuk les créateurs de la série se laissaient aller à une ambiance complètement déjantée entre humour, gore et sexe. Il faut regarder AHS comme quelque chose d’entièrement décalée, cuisinée à cette sauce qui leur plait tant.

Le plus gênant est d’appeler cette série « American » Horror Story, alors qu’ils s’inspirent également de légendes étrangères comme Le Minotaure. On abandonne cette fois la folie au profit de la magie. Les deux premiers univers étaient probablement plus oppressants, mais il y a tant à exploiter des films de Sorcières. Rosemary’s Baby de Roman Polanski ou Suspiria de Dario Argento sont des films efficaces autour de la sorcellerie. Plus récemment sorti en DVD en octobre 2013, pour ceux qui seraient friands des serviteurs de Satan, le dernier film de Rob Zombie The Lords of Salem un film horreur underground qui en vaut le détour.


Film sorti en DVD en octobre 2013 et réalisé par Rob Zombie.


Filmographie : La Maison des 1000 Morts (2003), The Devil’s Rejects (2005), Halloween (2007), Halloween 2 (2009), The Lords of Salem (2013)

Casting : Sheri Moon Zombie

Rob Zombie a formé le groupe de Metal Punk Psychédélique White Zombie dans les années 80, ils se sont séparés en 1996. Le chanteur musicien a continué de travailler pour la télévision et le cinéma. Son univers s’inspire des films d’horreurs, notamment du film White Zombie avec Béla Lugosi et des grands groupes de hard rock, Metal, trash. Le Satanisme est son sujet favori, qu’il pimente avec un genre porno/violent.

Résumé : En 1692, lors de la chasse aux sorcières de Salem, un groupe de femmes au service de Satan sont capturées et brûlées vives par les Seigneurs de la ville. Avant de mourir elles lancent une malédiction qui touchera les descendants des persécuteurs. Heidi, (la) personnage principal des temps modernes, anime la station de radio WIQZ de Salem. Elle reçoit un jour une boîte mystérieuse contenant un vinyle d’un groupe appelé « The Lords ». En l’écoutant et en la diffusant, la musique agit sur les esprits et provoque de terribles évènements.

Rob Zombie marque le film d’horreur d’un style nouveau qui tourne autour du diable, du rock et d’une image Pop Art. Il use de néons, de costumes et maquillages de scènes, de décors factices qui alimentent l’imaginaire. Cette magie créée à partir de rien et du montage filmique nous renvoie à la chambre d’Heidi, décorée de la célèbre lune de George Méliès et de différents meubles lumineux. Il réutilise également de célèbres plans de films d’horreurs qui placent le réalisateur avant tout comme un fan. Un monde dans la consommation des « masses culturelles », comme Quentin Tarantino s’approprie à sa façon un univers rétro, post moderne.





Rameau Antoine


mercredi 28 mai 2014

Analyse et Critique - Maps To The Stars de David Cronenberg


MAPS TO THE STARS – le drame de l’expérience échouée


« Après Cosmopolis, le réalisateur canadien David Cronenberg réitère ses expériences cinématographiques en mettant de nouveaux cobayes dans sa cage. Un savant fou qui façonne ses acteurs en parfaites créatures. Robert Pattinson devient pour David ce que Johnny Depp a souvent été pour Tim Burton, le sujet idéal pour subir toutes les mutations ».


 
Film sorti en salles le 21 mai 2014 et réalisé par David Cronenberg.


Drame – 1h51 (-12 ans). Julianne Moore a remporté le Prix d’Interprétation Féminine au 67e Festival de Cannes.

Filmographie : Stereo (1969), Crimes of the Future (1970), Frissons (1975), Rage (1977), Fast Company (1979), Chromosome 3 (1979), Scanners (1981), Vidéodrome (1981), Dead Zone (1983), La Mouche (1986), Faux-Semblants (1988), Le Festin Nu (1991), M. Butterfly (1993), Crash (1996), eXistenZ (1999), Spider (2002), A History of Violence (2005), Les Promesses de l’Ombre (2007), A Dangerous Method (2011), Cosmopolis (2012), Maps to the Stars (2014)

Casting : Julianne Moore, Mia Wasikowska, Evan Bird, John Cusack, Robert Pattinson.

Résumé : Les membres de la famille Weiss sont célèbres et vivent à Los Angeles dans les sphères Hollywoodiennes. Après de nombreuses années, ils vont être réunis pour la première fois et réveiller de vieux secrets. Stafford Weiss est un psychothérapeute connu, son fils Benjie est une star du cinéma sorti d’une cure de désintoxication et Agatha leur fille réapparaît, libérée de l’hôpital psychiatrique. En parallèle, Havana Segrand une actrice connue et oubliée des écrans, veut jouer dans la nouvelle version du film dans lequel sa mère tenait le rôle principal avant de mourir dans un incendie. 



Ce film s’adresse à ceux qui sont adeptes des cercles vicieux dans lesquels nous découvrons progressivement que les personnages sont liés. Nous suivons tout d’abord des protagonistes qui semblent suivre des chemins différents avant que l’on ne comprenne leur étroite relation. Plus le spectateur en apprend sur eux, plus ce monde de la célébrité vire au cauchemar. Maps to the Stars pourrait être traduit par « Les chemins vers la célébrité » ou « Les chemins vers l’au-delà ». Comme dans Cosmopolis, le réalisateur nous égare dans un monde hors de notre portée, voire même incompréhensible. Un quotidien tellement différent et jonché de rituels inhabituels que l’on se sent perdu dans une dimension complètement déconnectée de la réalité. Cette métaphore, même exagérée, se maintient. Dans son précédent film Cosmopolis, on suit la journée du riche Eric Packer cloitré à bord de sa limousine partant chez son coiffeur pendant que son empire économique s’écroule et que sa vie est menacée. La limousine ressemble à un cercueil prolongeant sa route jusqu’au Purgatoire. Lors de la dernière séquence, Eric Packer est jugé par l’homme dont il a détruit la vie.

Les mises en scènes de Maps to the Stars sont presque mythologiques. Le schéma du cercle qui enferme les personnages au sein d’un drame est assez fréquent au cinéma. David Cronenberg est un artiste qui confine ses personnages au sein d’une expérimentation. Il joue avec les modifications biologiques, organiques et matérielles. Il touche à l’ADN, fusionne le vivant et le non vivant, fait accoupler deux espèces d’une race différente afin d’en soutirer toute la monstruosité. En allant plus loin, on s’aperçoit que le réalisateur mélange consciemment ce qui n’est pas compatible pour analyser la destruction de ses propres univers. Son cinéma d’auteur est l’emprunte d’un cinéma « psycho-horreur » qui lui correspond et qui est identifiable. Ses films s’appuient sur des trucages composés d’une vraie matière, capable de rendre les organismes palpables, suintants, en décomposition ou en putréfaction. Agatha Weiss est brûlée, Benjie souffre de sa désintoxication, Stafford Weiss se sert du spiritualisme pour soigner les gens, Havana entre la dépression et ses passages « scato », désagrège l’image qu’inspire la célébrité faisant d’elle un personnage « pathétique ».

Maps to the Stars est une œuvre que l’on peut rapprocher de Mulholland Drive de David Lynch car ils explorent tous les deux l’envers du décor. Ils déforment à leur façon le rêve « illusoire » créé par Hollywood comme s’il s’agissait d’une allégorie ou d’un Dieu. Sans diaboliser Hollywood, ils donnent la possibilité qu’il s’agisse d’un lieu cauchemardesque. Il y a une sorte de dualité entre rêve et peur qui est mis en scène à travers la schizophrénie des personnages. David Lynch exploite d’avantage le monde des esprits en se servant des lumières tandis que David Cronenberg matérialise la monstruosité.

[SPOIL : On apprend que Stafford et sa femme sont en réalité frère et sœur. Leurs deux enfants qu’ils font passer pour fou, sont nés d’une consanguinité et dans ce cas d’un accouplement « hors normes ». De ce secret est apparu l’instabilité d’Agatha et les évènements tragiques du film. L’intolérance de Stafford change le sens du film. Les enfants ne sont plus les monstres, ils sont nés d’une monstruosité et leur seule présence renvoie au mensonge du père.]

L’érotisme qui occupe une immense place dans la composition des œuvres du cinéaste provoque une forme de dégoût mais aussi une fascination dérangeante. Lorsque Stafford soigne Havana, il prend des positions à connotations sexuelles. Le corps, élément central chez l’artiste, est inévitablement exhibé, mis en action, distillé de sa sueur et de ses phéromones. Dans Crash, les personnages confondent leur peau avec la carrosserie des voitures. Si le réalisateur sait travailler la chair, il sait également rendre chair ce qui est juste matériel.

Il est difficile de donner un verdict définitif à Maps to the Stars. Connaître le parcours de David Cronenberg est un atout dans l’approche du film. En sortant de la salle, impossible de dire « c’était mauvais », « c’était bien ». On dirait plutôt : « qu’est-ce que je viens de regarder ? ». Ce cinéma d’auteur ne risque-t-il pas de devenir excessif au point d’en perdre son public ? Loin d’être sa meilleure œuvre, les fans du réalisateur peuvent courir le voir. Quant aux autres, la nuit porte conseil et la narration mérite d’être décantée.





Rameau Antoine


mardi 20 mai 2014

Analyse et Critique - Grace de Monaco d'Olivier Dahan


GRACE DE MONACO – Comme un effet « People-itique »


Quand on touche aux affaires politiques, qui plus est celle d’une souveraineté, le cinéma ouvre le champ aux contestations. Pourtant le film d’Olivier Dahan a une place « logique » au sein du Festival de Cannes. 
 

Le film est sorti le 14 mai 2014 pour l’Ouverture du 67e Festival de Cannes. Il a été écrit par Arash Amel et réalisé par Olivier Dahan.

Filmographie : Frères (1994), Déjà Mort (1998), Le Petit Poucet (2001), La Vie Promise (2002), Les Rivières Pourpres 2 (2004), La Môme (2007), My Own Love Song (2010), Les Seigneurs (2012), Grace de Monaco (2014)



Il est délicat de réaliser une fiction inspirée de faits réels. Elle impose un point de vue et prend un parti. Il devient difficile de faire preuve de neutralité. Le film « s’inspire » donc ne prétend pas à l’entière exactitude des faits. Ce long métrage peut devenir aux yeux du spectateur, qui ignore tout de l’Histoire de Monaco, la première vérité reçue. Le scénario peut sembler contrariant pour les Monégasques. Le film donne l’impression que Monaco est « hostile » car nous sommes confrontés à l’éprouvante intégration de Grace Kelly.

La polémique dont on parle depuis quelques jours concernerait les affaires d’espionnage et le « coup d’Etat » prémédité par Antoinette, la sœur du prince Rainier III. Grace de Monaco ressemble à une Croisade avec des producteurs américains, un réalisateur français et l’histoire de la famille Grimaldi. Grace se marie avec le prince en 1956, la narration se déroule de 1961 jusqu’en 1963 une période marquée par des tensions entre Monaco et la France. Le Général De Gaulle voulait imposer des taxes et annexer le rocher au reste du pays, tandis que le prince Rainier III s’opposait en revendiquant leur indépendance économique. Dans l’intention de faire abdiquer le prince, le Général De Gaulle a mis en place un blocus devant faire pression sur Monaco.

            Ce Biopic (sans l’être réellement) prend pour personnage principal Grace Kelly, partagée entre son amour pour le cinéma puis son devoir de mère. L’actrice américaine n’est à priori pas au centre de l’action puisque l’on s’attarde sur le conflit franco-monégasque. Nicole Kidman est longuement snobée par le film avant de devenir un vecteur de réconciliation. On nous montre une femme désarmée, qui n’est pas reconnue en tant que princesse, avec ce côté naïf et « blanche-neige » qui a tendance à rendre l’ensemble « gnian gnan ».

Elle va gagner sa place en jouant de sa notoriété et en touchant le cœur des Monégasques. Comme Grace, on se sent en proie à un monde que l’on ignore et qui a pour conséquence de rendre Monaco « hostile ». Nous partageons son exclusion, ses peurs et ses colères, ce qui crée intelligemment cette atmosphère tendue. Elle finit par renverser la situation en se servant d’une arme : le « people », pour contrebalancer avec son manque d’expérience en politique. Résignée à être simplement perçue comme une « icône », elle se sert de son image et de sa « bienveillance » afin de séduire l’opinion publique et mettre le Général De Gaulle le dos au mur. La caméra, par ses longs mouvements de flottement, ses gros plans sur les yeux et la bouche de l’actrice, appuient le charisme du personnage. Aux yeux du monde elle doit incarner le rêve et le succès américain. Elle arrive à conquérir le prince en témoignant de sa persévérance mais en incarnant tout à la fois l’espoir et la réussite. Ce rôle est difficile à interpréter car il se construit à travers le regard des autres protagonistes qui ont la mauvaise manie de la faire passer pour une « potiche » et constitue un obstacle pour démontrer sa profondeur. En accentuant que sur la pureté de Grace (beauté, humaine, naïve), le film ne lui permettait plus d’être touchante mais seulement un moteur esthétique et sensuel. Il s’agit d’une stratégie à double tranchant qui prend le risque de ne plus convaincre le public.

            Grace de Monaco a une raison d’avoir sa place à l’ouverture du 67e Festival de Cannes. Le premier Festival a commencé dans les années 50. Avant d’épouser Grace Kelly, le prince Rainier était déjà proche de Marilyn Monroe. Elles sont pionnières de « ce conte de fée » produit par l’industrie cinématographique. Ces mariages permettaient d’entretenir ce monde d’apparence et devenaient une sorte de « mode ». Grace Kelly a été choisie avant tout pour son image. A Cannes, le film fait écho aux débuts du Festival. Il incarne le succès, un monde étoilé et magique, l’idéal que l’on retient des acteurs de cinéma. Le visage de Nicole Kidman s’illumine au centre des couleurs chaudes. Lors du discours elle joue son propre rôle, déroule une série d’émotions et se sert du cinéma pour faire sa déclaration d’amour.



Rameau Antoine

jeudi 10 avril 2014

Analyse des Critiques - La Crème de la Crème de Kim Chapiron


La Crème de la crème – Sauvons les apparences


« Prestige, Fraternité, Lois du marché, tu as compris ça, tu as tout compris »
 

Film sorti le 2 avril 2014 et réalisé par Kim Chapiron.

 
Filmographie : Sheitan (2005), Dog Pound (2009), La crème de la crème (2014)

Casting : Alice Isaaz, Thomas Blumenthal, Jean-Baptiste Lafarge, Karim Ait M’Hand, Marine Sainsily.

Des élèves provenant de l’une des plus prestigieuses écoles de commerce de France créent leur propre club en montant un réseau de prostitution. Leur groupe gagne en reconnaissance. Grâce au marché du sexe, ils vendent de la popularité aux plus exclus de leur communauté.

Arrêt sur critiques : Ceux qui ne l’apprécient pas parlent d’un film cliché, qui ne fonctionne qu’au bling bling, seul le sexe et l’affiche vend le film qui reste soft de ce côté, les dialogues sont des slogans commerciaux faciles, le spectateur n’appartenant pas aux hautes sphères se sentira exclu, un film qui n’assume pas sa position jusqu’au bout. Ces points de vus sont assez exactes mais le film justifie ces choix par rapport à sa position.  Kim Chapiron décrit en 1h30 un monde d’apparence où ni le travail, ni le talent prévalent à la réussite. Sans hypocrisie et probablement en disant ce que l’on sait déjà, le film met les accents sur des rapports humains construits selon les rouages du système actuel. Le film dépeint ce qu’il en est : le cliché c’est de l’apparence, les slogans réchauffés c’est de l’apparence, le sexe c’est vendeur, la plupart des spectateurs se sentent exclus… normal on nous montre les dirigeants de demain. Comment critiquer ces slogans puisque nos politiques sont surtout élus pour leurs « promesses » ? Allons-nous dire : Choisissez-moi car de toute façon il vous faut un président. La crème de la crème montre un monde « hype » et se vend de manière logique en montrant ses atouts. Le succès des élèves de l’école tient surtout en une chose : ils viennent de familles riches qui possèdent déjà un immense réseau. La petite cuillère en argent est déjà dans la bouche. Ils comprennent que pour réussir « il faut avoir l’air ». A aucun moment le film nous dévoile des rouages complexes du marché. Au contraire, il décrit ce que l’on se prend de plein fouet depuis des années. Le besoin de se diversifier (différentes catégories pornographiques décrites par Jaffar), le besoin de s’exporter car la demande se raréfie, la meilleure façon de se vendre est de montrer sa « vitrine » et non d’expliquer ce qu’il y a dans le « magasin ». La crème de la crème annonce la couleur dès le générique en montrant qu’il peut se payer Xavier De Rosnay et Gaspard Augé (groupe Justice) afin d’animer les soirées privées. Le film montre justement que nous ne sommes pas forcément plus bêtes que ces élèves. Ils jouissent d’une situation. Comme le mentionne accidentellement Kelly (Alice Isaaz) : « les riches sont plus riches et les pauvres plus pauvres ». Disons plutôt que les riches d’hier sont toujours les riches de demain. Le spectateur se sent probablement révolté lorsque Kelly se paye le joli minois d’une fille qui aménage les rayons d’une grande surface. On met en avant « l’héritage du pouvoir ». Jaffar qui semblait « minable » au début, fini par monter sur ses grands chevaux et parler comme le roi du pétrole. Leur façon d’avoir raison est peut-être de faire croire aux personnes « lambda » qu’ils sont plus stupides qu’eux. Ils ne font que de retenir le principal et d’exploiter la recette ou l’équation à fond. La Crème de la Crème fonctionne, il séduit, il ne change pas la vie des plus nécessiteux mais soulève pendant 1h30 le voile de l’hypocrisie qu’on nous met sur les yeux.



Rameau Antoine

mardi 1 avril 2014

Analyse et Critique - De Toutes nos Forces de Nils Tavernier


« La plus grande faiblesse vient de l’intérieur »
 

Sorti le 26 mars 2014 et réalisé par Nils Tavernier


Filmographie : Nils Tavernier a réalisé plusieurs films documentaires pour la télévision. De Toutes nos Forces est son deuxième long métrage. Aurore (2005), Le Mystère des Jumeaux (doc, 2009), Que reste-t-il de nos erreurs ? (doc, 2012) et De Toutes nos Forces (2013).

Casting : Fabien Héraud, Jacques Gamblin, Alexandra Lamy… .

À propos : Le film s’inspire de l’histoire de l’équipe Hoyt. Dick Hoyt a participé à de nombreux marathons, duathlons et triathlons, notamment avec son fils Rick. Nils recherchait auprès d’établissements spécialisés l’acteur idéal pour le rôle de Julien. A l’aide de ses vidéos, Fabien Héraud a été sélectionné.



Julien, un jeune homme de 17 ans atteint d’une paralysie cérébrale, tente de créer des liens avec un père distant. Il lui lance le défi de participer au prochain triathlon « Ironman » de Nice. Après plusieurs conflits familiaux, Julien parvient à convaincre son père de pousser leurs limites.

De Toutes nos Forces, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne profite pas de l’engouement provoqué par Intouchables et donc d’une stratégie purement commerciale. Simple, sans prétention mais aussi sans grande surprise, le réalisateur nous raconte cette histoire un peu comme une fable. Julien est habité par une volonté de fer et une persévérance sans égal tandis que son père, ancien champion « Ironman », se montre plus défaitiste. Une histoire un peu clichée qui cependant ne demeure pas moins touchante. Le caractère du personnage principal contribue à l’humour du film et montre le « pessimisme » comme seul vrai handicap. Le père, aussi sportif soit-il, parait finalement plus « incapable » depuis qu’il a perdu son travail. Il serait dur de juger le personnage aussi sévèrement, car il est lui aussi touché par le contexte actuel. C’est la capacité du réalisateur d’être cohérent avec son temps. Il permet à Julien et à sa famille de retrouver ce second souffle qui les rapproche dans des moments difficiles.

La scène où Julien s’entraîne dans sa baignoire nous renvoie au film dans lequel quatre Jamaïquains voulaient devenir les nouveaux champions de Bobsleigh. Comme l’on dit si bien, le but n’est pas de gagner mais de participer. Nils Tavernier filme les séquences à la façon d’un docu-fiction. Il représente à la fois le déroulement d’un évènement, son environnement et un fait de société.  Il n’en tient qu’au spectateur de découvrir le résultat.


Rameau Antoine










lundi 31 mars 2014

Analyse et Critique - HER de Spike Jonze

         
HER – Un Futur Proche   
  

« Une ode à la Vie et à l’Amour, une fenêtre ouverte sur le monde »
 


Sorti le 19 mars 2014 et réalisé par Spike Jonze


Filmographie : Dans la peau de John Malkovich (1999), Adaptation (2003), Max et les Maximonstres (2009), Her (2013)

Casting : Joaquin Phoenix, la voix de Scarlett Johansson, Olivia Wilde, Amy Adams, Rooney Mara.

Récompenses : « Oscar du Meilleur Scénario original », « Golden Globe du Meilleur Scénario », « le Prix d’Interprétation Féminine » au 8e Festival International du Film de Rome et de nombreuses nominations dont Meilleure Musique Originale et Meilleur Film.



Theodore Twombley (Joaquin Phoenix) travail pour une société qui propose des services d’écriture de lettres manuscrites sur le web. Malgré son don pour composer les plus belles lettres, la solitude lui pèse depuis sa séparation avec Catherine. Theodore fait l’acquisition d’un nouveau système d’exploitation, OS1, une intelligence artificielle capable d’interagir avec l’utilisateur et de bénéficier des mêmes émotions que l’être humain. Le personnage s’abandonne dans une relation avec « Samantha », l’intelligence artificielle de son OS1.

« Une claque ». Tel est le sentiment que nous laisse HER. Joaquin Phoenix dont le corps ne quitte pas le centre de la caméra, comble l’espace et l’action en laissant la voix de « Samantha » remplir les vides. Son immense appartement peu meublé fait écho avec ses états d’âmes. Le lieu reflète ce « cœur malade » dont il faut soigner le trou causé par la séparation. La voix de Scarlett Johansson s’introduit progressivement à l’intérieur de ce trou au point de devenir indispensable. Nous sommes loin de HAL 9000, l’intelligence artificielle malveillante du film 2001 : l’Odyssée de l’Espace (Stanley Kubrick). HER s’inquiète plutôt de l’éloignement entre les humains et de la place qu’occupent les nouvelles technologies. Toutes les émotions circulent entre tristesse et bonheur. C’est une façon de voir notre société qui évolue avec Internet et ses consommations quotidiennes. Nous pouvons tout faire d’un ordinateur et de chez soi, au point d’en effacer le contact avec Autrui. HER choisi pour langage « la nostalgie » (le visage de l’acteur sur l’affiche du film) et qui à sa façon, décrit son amour pour l’humanité. 




Rameau Antoine