L'Art est sur l'Image Cinématographique

Un Blog sur l'analyse filmique et la critique


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mardi 12 août 2014

Adieu Professeur Keating !


L'acteur Américain Robin Williams est décédé le 11 août 2014 à l'âge de 63 ans.
 
Il remporte l'Oscar du Meilleur Second Rôle dans Will Hunting, des Golden Globes pour Good Morning Vietnam, Le Roi Pêcheur, Madame Doubtfire, nominé pour Le Cercle des Poètes Disparus...
 
 



 
 
Filmographie
 
 
 
1980 : Popeye de Robert Altman
1982 : Le Monde selon Garp de George Roy Hill
1983 : The Survivors de Michael Ritchie
1984 : Moscou à New York de Paul Mazursky
1986 : La Dernière Passe de Roger Spottiswoode
1986 : Club Paradis de Harold Ramis
1986 : Seize the Day de Fielder Cook
1987 : Good Morning, Vietnam de Barry Levinson
1988 : Portrait of a White Marriage de Harry Shearer
1988 : Les Aventures du baron de Münchhausen de Terry Gilliam
1989 : Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir
1990 : Cadillac Man de Roger Donaldson
1990 : L'Éveil de Penny Marshall
1991 : Dead Again de Kenneth Branagh
1991 : Le Roi Pêcheur de Terry Gilliam
1991 : Hook ou la Revanche du capitaine Crochet de Steven Spielberg
1992 : Shakes the Clown de Bob Goldthwait
1992 : Toys de Barry Levinson
1992 : Les Aventures de Zak et Crysta dans la forêt tropicale de FernGully de Bill Kroyer
1992 : Visionarium de Jeff Blyth
1992 : Aladdin de Ron Clements et John Musker
1993 : Les Mille et une vies d'Hector de Bill Forsyth
1993 : Madame Doubtfire de Chris Columbus
1995 : Jumanji, de Joe Johnston
1995 : Neuf mois aussi de Chris Columbus
1996 : Birdcage de Mike Nichols
1996 : Jack de Francis Ford Coppola
1996 : L'Agent secret de Christopher Hampton
1996 : Hamlet de Kenneth Branagh
1996 : Aladdin et le Roi des voleurs de Tad Stones
1997 : La Fête des pères de Ivan Reitman
1997 : Harry dans tous ses états de Woody Allen
1997 : Will Hunting de Gus Van Sant
1998 : Flubber de Les Mayfield
1998 : Au-delà de nos rêves de Vincent Ward
1998 : Docteur Patch de Tom Shadyac
1999 : Jakob le menteur de Peter Kassovitz
1999 : L'Homme bicentenaire de Chris Columbus
2001 : A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg
2002 : Photo Obsession de Mark Romanek
2002 : Crève, Smoochy, crève ! de Danny DeVito
2002 : Insomnia, de Christopher Nolan
2004 : Final Cut de Omar Naim
2004 : Le Prince de Greenwich Village de David Duchovny
2004 : Noël de Chazz Palminteri
2005 : The Big White de Mark Mylod
2005 : Robots, de Chris Wedge et Carlos Saldanha
2006 : Happy Feet de George Miller
2006 : Camping-car de Barry Sonnenfeld
2006 : The Night Listener de Patrick Stettner
2006 : La Nuit au musée de Shawn Levy
2006 : Man of the year de Barry Levinson
2007 : Permis de mariage de Ken Kwapis
2008 : August Rush de Kristen Sheridan
2008 : Le Psy d'Hollywood de Jonas Pate
2009 : La Nuit au musée 2 de Shawn Levy
2009 : Les deux font la père de Walt Becker
2009 : World's Greatest Dad de Bob Goldthwait
2011 : Happy Feet 2 de George Miller
2013 : Un grand mariage de Justin Zackham
2013 : Le Majordome de Lee Daniels
2014 : The Face of Love de Arie Posin
2014 : The Angriest Man In Brooklyn de Phil Alden Robinson
2014 : La Nuit au musée : Le Secret des Pharaons de Shawn Levy
2014 : Merry Friggin' Christmas de Tristram Shapeero
 
 

jeudi 19 juin 2014

No Pain No Gain de Michael Bay (2013)


 
Adaptation à l’écran des trois criminels les plus impensables d’Amérique

 

Michael Bay accro au pur concentré Américain, ne s’est pas fait prier pour réaliser cette histoire tellement improbable et pourtant vraie. Aucune fantaisie de la part des scénaristes, tout était bon à prendre.

Filmographie: Bad Boys (1995), Rock (1996), Armageddon (1998), Pearl Harbor (2001), Bad Boys 2 (2003), The Island (2005), Transformers (2007), Transformers 2 (2009), Transformers 3 (2011), No Pain No Gain (2013), Transformers : l’âge d’extinction (2014), prochainement : Ghost Recon (2014)

 

Il s’appelait Lugo Daniel, un bodybuilder, et il voulait vivre son « rêve américain ». C’est en 1994 à Miami, avec l’aide de ses acolytes (bodybuilder) Jorge Delgado et Noel Doorbal, qu’il décide de kidnapper le businessman argentin Marc Schiller, afin de s’emparer de sa fortune. Ils reportent à plusieurs reprises l’enlèvement avant de trouver la meilleure opportunité. Après le vol de ses biens, ils auraient maintes fois tentés de le tuer sans y parvenir, le laissant dans un sale état. Marc Schiller reconnaît rapidement l’un d’entre eux, suite à l’une de leur discussion. Malgré les nombreuses indiscrétions de Jorge Delgado, ils utilisent à nouveau leur plan en visant Frank Griga un producteur de porno. Le corps brûlé de ce dernier et de sa femme Krisztina Furton sont identifiés grâce au numéro de série des implants mammaires qu’elle portait. Les trois ravisseurs avaient l’intention de les découper à l’aide d’une tronçonneuse. Mais n’arrivant pas à l’allumer, ils ont échangés l’objet en magasin contre une hache. C’est ensuite qu’ils ont brûlés les corps dans un tonneau. Lugo est arrêté aux Bahamas en mai 1995. Il est condamné à mort avec Noel Doorbal après 15 ans de prison. Quant à Jorge Delgado il est libéré au bout de 7 ans au lieu de 15.

No Pain No Gain est complètement décalé, au point de devoir certifier une nouvelle fois dans le film qu’il s’agit d’une histoire vraie. Bien évidemment, certains détails sont rajoutés ou adaptés essentiellement pour la fiction. Marc Schiller, la victime, n’a pas apprécié le ton humoristique employé par le réalisateur alors qu’il a vécu l’enfer. Pourtant il n’y a pas d’autre mot que « stupidité » pour décrire cette affaire. Il écrit le livre Pain and Gain – The Untold Story afin d’éclairer certains points. Il passera un an en prison pour fraude.

L’idée de Lugo lui est venue assez simplement : « j’étais fort, je voulais être comme Tony Montana (Scarface) ». Le personnage avait beau être charismatique, il a fini comme une passoire au fond de sa piscine. Prêt à payer ce prix pour le « rêve américain » ?

 

 

Rameau Antoine
 

lundi 9 juin 2014

Batman Returns de Tim Burton (1992)


Deuxième article sur Le Chevalier Noir rédigé par Teddy Slamani, Bat-Fan et surtout connaisseur de l'univers DC Comics.




Histoire: Tucker et Esther Cobblepot, un couple aristocratique vivant à Gotham City, abandonnent leur enfant Oswald Cobblepot en le balançant dans les égouts par ce qu’ils éprouvent en voyant son physique difforme. 33 ans plus tard, Oswald Cobblepot élevé depuis par des pingouins, fomente une attaque à Gotham lors d’une représentation publique de Max Schrek (un industriel Millionnaire) visant à le kidnapper. Le Pingouin décide de se servir du pouvoir politique de Max Schreck pour refaire surface et s’imposer auprès des citoyens de Gotham. Pour ce faire le Pingouin décide de le faire chanter en le menaçant de dévoiler ses activités criminelles si ce dernier refuse de l’aider.

Le Pingouin élabore un plan visant à faire son entrée au sein de Gotham en tant que héros. Il fait kidnapper le fils du maire pour ensuite le délivrer. De son côté, Bruce Wayne/Batman émet des doutes quant à la sincérité du geste de Cobblepot. Il décide donc d’enquêter sur son passé et établit un lien avec le Gang du Cirque du Triangle Rouge (celui-ci ayant récemment été lié à la disparition d’enfants).

En parallèle, Selina Kyle, secrétaire de Max Schreck, découvre des documents compromettants sur les affaires de Schrek. Ces documents concernent une centrale qui rejette des déchets toxiques. Max Schreck prend Selina en flagrant délit et la défenestre. Laissée pour morte, Selina Kyle survit réanimée par des chats. De cette renaissance naîtra Catwoman, cambrioleuse vêtue d’un costume de chatte noire avec pour principal objectif : se venger de son patron.

Pendant ce temps, Max Shreck cherche à remplacer le maire actuel par le Pingouin, lui permettant d’accroître son pouvoir sur la ville et par la même occasion de concrétiser son projet de centrale électrique. Bruce et Selina se rencontrent et entament une relation amoureuse sans connaître la double identité de l’autre, créant ainsi une situation conflictuelle puisque Catwoman et le Pingouin s’allient pour se débarrasser de Batman en le discréditant et le faisant passer pour ce dont il s’est toujours juré de combattre : un criminel.



Suite au succès du premier opus, on peut parler de phénomène de société. Le Batman de Burton relança l’engouement auprès du personnage, ce qui sera alors appelé la Bat-mania. Rappelons que le film rapporta un peu plus de 400 millions de dollars pour un budget de 35 millions de dollars. Les Studios Warner décidèrent donc de produire un deuxième film, avec encore une fois Tim Burton aux commandes. Il n’était, dans un premier temps, pas d’accord pour réaliser la suite de Batman. D’autant plus que les Studios désiraient inclure Robin (le sidekick de Batman) et ce depuis le premier film alors que Burton a toujours été réticent à l’idée d’inclure ce personnage. Robin sera introduit par la suite dans les adaptations cinématographiques de Batman «dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom» réalisé par Joel Schumacher.

Tim Burton décida entre temps de se consacrer à la réalisation d’un projet beaucoup plus personnel, Edward aux mains d’argent, qui sortira en 1990. La Warner relança le réalisateur en lui proposant cette fois une totale liberté artistique. Burton figure même parmi les producteurs du film. Traumatisé par le tournage du premier opus, il se pencha sur ce projet avec une certaine prudence. Il réalisa ce qui devint l’un de ses films les plus personnels et à mon humble avis l’un de ses meilleurs.

Du côté du casting, on retrouve bien évidemment les mêmes acteurs pour leurs rôles respectifs lors du premier film. Dans les nouveaux nous avons, Michelle Pfeiffer dans le rôle de Selina Kyle/Catwoman, Danny DeVito dans celui du Pingouin/Oswald Cobblepot et Christopher Walken en Max Schrek.


Gotham City

Graphiquement le film est toujours dans la même lignée que le premier opus. Gotham City a entièrement été conçu en Studio avec une touche à la fois plus raffinée et gargantuesque. Dans le premier Batman, Gotham paraissait grisâtre voire rouillée. Ici le film se déroule en hiver, en pleine période de Noël. La ville y est enneigée, une imagerie récurrente chez Burton, qui n’est pas sans rappeler son précédent long métrage, Edwards aux mains d’argent. La ville apparait comme étant littéralement nettoyée des crimes dont elle fut gangrenée. En réalité, la neige apparait comme un voile visant à cacher les maux dont Gotham est affublée. Un élément produit un fort contraste avec la neige qui couvre la ville : le film se situe uniquement de nuit, même quand certaines scènes sont censées se dérouler en plein après-midi. Le premier film s’amusait à brouiller les pistes concernant l’époque de l’histoire. Ici, c’est le temps qui est encore plus encré dans l’univers. Les choix du film brouillent les pistes en nous plongeant dans une réalité aux antipodes de la nôtre.


Catwoman

 
Au début du film, Selina Kyle est représentée comme une secrétaire assez maladroite, qui a du mal à s’exprimer et à exister auprès des autres. Avant sa transformation, elle n’apparaît qu’en arrière-plan et appartient au décor. Une fois ressuscitée, un changement va s’opérer dans sa personnalité. Elle va totalement s’émanciper d’une société ou règne les hommes sous sa forme la plus féminine. Telle une force brute de la nature et indomptable. Elle va se créer un personnage masqué, une nouvelle peau à travers Catwoman, un masque qui ne lui permettra pas de se cacher mais plutôt de laisser ressortir sa vraie nature. Son costume noir, luisant, très sexuel, aux coutures découpant son corps, rappelle à la fois des monstres tels que la créature de Frankenstein, mais aussi l’état d’esprit du personnage. Les coutures représentent à la fois le chaos qui règne dans la tête de Selina Kyle mais aussi les cicatrices causées par les hommes dont elle essaiera de se venger (notamment son patron Max Shreck). Michelle Pfeiffer incarne une Catwoman absolument parfaite, au regard très félin, à l’allure et à la façon de se mouvoir très sensuelle. Notons aussi une alchimie et un jeu de regard assez intense lorsque Bruce Wayne/Batman et Selina Kyle/Catwoman apparaissent ensemble.


Le Pingouin

Oswald Cobblepot alias le Pingouin, représente le monstre que Burton adule, un être abandonné par ses parents, vivant dans les égouts, en marge de la société, élevé par des pingouins, rejeté à cause de son physique et perçu comme n’étant qu’une bête de foire. Celui-ci le dit d’ailleurs dans le film « c’est humain hélas, que de rejeter ce qui est autre ». Il va alors chercher à se faire accepter auprès des citoyens de Gotham à l’aide de Max Schreck. Ce dernier va se servir de lui pour mener une campagne et prouver qu’Oswald Cobblepot « l’homme » est quelqu’un de bien. Pour ce faire, Oswald va alors maquiller ses véritables intentions, ne pouvant se plier aux conventions de la société. Il laissera réapparaître sa nature profonde, sa part d’animalité, d’homme «pingouin», dont la mort rendra son existence d’autant plus pathétique. Sous le costume du Pingouin se cache un Danny DeVito méconnaissable qui incarne le personnage avec beaucoup de sens.


Max Shreck
 
 
Le véritable méchant si l’on regarde sous un autre angle n’est autre que Max Shreck. Il apparait comme étant le plus humain mais s’avère être au fond le véritable monstre. Contrairement au Pingouin, il est accepté au sein de la société, il a l’air sympathique et présente « bien » afin de s’attirer le soutien du peuple. En réalité il s’agit d’un homme d’affaire véreux, sans scrupule, un assassin ne reculant devant rien et n’hésitant pas à corrompre et manipuler son entourage à des fins personnelles. Il se construit une  façade. Toutefois, il n’est pas complètement dénué d’humanité puisqu’il n’hésitera pas à se sacrifier à la place de son fils. On peut noter, que le personnage qu’incarne Christopher Walken est une autre référence à l’Expressionnisme Allemand. Son personnage s’appelle Max Shreck comme l’acteur Allemand Max Schreck qui a joué en 1921 dans Nosferatu.

[Rameau Antoine : Christopher Walken (Max Shreck) ressemble de près à l’acteur Rudolf Klein-Rogge de Metropolis dans lequel il donne vie à Maria l’androïde. Michelle Pfeiffer (Catwoman), par la découpe de son costume est, à la manière de Tim Burton, la création de Max Shreck.]


Batman

 
Et Batman au milieu de tout ça ? Il a toujours l’aura d’un fantôme qui surveille sa ville, tel une bête défendant son territoire. Il est placé sur un même pied d’égalité avec ses ennemis. Cependant il se retrouve vite dépassé par les événements. Dans un monde qu’il ne comprend plus où chacun avance à visage masqué laissant paraître sa vraie nature. Ou au contraire avance à visage découvert cachant leur nature profonde. Il tente de nouer une relation amoureuse avec Selina Kyle, ce qui s’avère impossible à cause de la rivalité qui les anime via leur double identité.



 
Danny Elfman

 
Compositeur attitré de Tim Burton, qui a œuvré dans tous ses films (à l’exception d’Ed Wood et Sweeney Todd), Danny Elfman vient ici parachever les compositions du premier Batman. Il compose un véritable opéra. Les thèmes y sont mémorables pour chacun des protagonistes. Ainsi le thème de Batman y est transcendé grâce à l’utilisation omniprésente de chœurs rappelant Edward aux mains d’argent. Le Pingouin profite d’un thème à l’atmosphère funèbre et pour Catwoman, personnage sinueux et torturé, des musiques portées par une émotion incroyable.





Ainsi vous l’aurez compris, la dualité est l’un des thèmes qui inonde le film. En effet Batman Returns met en exergue la dualité des Hommes à travers l’animalité de chacun. Représentés respectivement par une chauve-souris, un chat et un pingouin. Où chaque personnage cherche à exorciser ses névroses, s’émanciper ou tirer profit de la faiblesse des autres. Plus personne ne sait où il en est quant à sa place dans la société. Le film démontre à travers tous ses personnages qu’il est loin d’être « manichéen » et fait preuve d’une certaine profondeur dans son traitement. Tout n’est pas, soit noir soit blanc, tout y est nuancé. Il y a encore énormément de choses à dire sur ce film tant les thématiques abordées y sont riches en symbolisme. Tim Burton développe en ce sens l’une des œuvres les plus pessimistes, riches et profondes sur le Chevalier Noir. La nature humaine qui hisse le film parmi les meilleures adaptations de Batman, de Super héros est en fait tout simplement l’un de ses plus grands films.



Teddy Slamani


vendredi 30 mai 2014

Batman (1989) de Tim Burton - De la Clarté sur les Zones d'Ombres

 

Il n’était encore qu’un enfant, que le milliardaire Bruce Wayne vit ses parents assassinés. Dès lors il se jura de combattre le crime et l’injustice. De ce traumatisme naquît le chevalier noir Batman, personnification symbolique de la peur de Bruce Wayne, celle des chauves-souris, qu’il souhaite insuffler à ses ennemis. Alors que Batman n’en est qu’à ses balbutiements, le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon mènent une croisade contre la criminalité menée par Carl Grissom, le parrain de la pègre secondé par son bras droit Jack Napier et la corruption qui règne à Gotham. En parallèle, le reporter Alexander Knox et la photojournaliste Vicki Vale enquêtent sur les agissements de Batman, alors que celui-ci n’est pour le moment qu’une sorte de mythe urbain. Grissom envoie Jack Napier et ses hommes de main à l’usine chimique Axis Chemicals pour y récupérer des documents. Mais la police est alertée par Grissom qui a en réalité tout manigancé, celui-ci ayant découvert que Jack Napier entretenait une liaison avec son épouse. S’ensuit une altercation entre la police et les malfaiteurs durant laquelle Batman se retrouve confronté à Jack Napier. Ce dernier évite l’une de ces balles qui ricoche et le défigure. Par la suite tombe dans une cuve d’acide et sera laissé pour mort. De cette confrontation naîtra le Joker. Jack Napier devenu le Joker, physiquement et psychologiquement transformé, sombre dans la folie et décide de se venger de son ancien patron. Par la même occasion il prend les rênes de la criminalité de Gotham et s’ensuit alors un désir de reconnaissance criminelle et médiatique de sa part, dans une lutte effrénée du bien contre le mal entre deux monstres, le fantomatique homme chauve-souris face au clown psychopathe.
 

Voilà pour le résumé du film, maintenant place à une rapide (re)contextualisation des événements qui entourent Batman à travers les média.

Au milieu des années 80, Batman aura subit une véritable résurrection grâce à l’auteur de comics Frank Miller qui aura su replacer le chevalier noir dans un récit à l’esprit plus sombre et torturé. En effet à son lancement en 1939 dans les pages de Detective Comics puis DC Comics (maison d’édition à l’origine d’autres personnages mythiques comme Superman), les auteurs de Batman, Bob Kane et Bill Finger optèrent pour un récit résolument plus mature qu’à l’accoutumé. Mais au fil des années le ton du Comic finira par dévier dut à divers facteurs scénaristiques et de censures, puis s’ensuit une série télévisée populaire avec Adam West dans le rôle-titre, aux allures de comédie, de parodie, ne digèrent au final que trop mal la substance originelle de l’œuvre. Batman connu des hauts et des bas, la crédibilité du justicier masqué se remettra difficilement de l’image de la série. Du côté du cinéma, sortit en 1978 Superman, qui rencontra un tel succès commercial que le projet d’adapter Batman au cinéma fut lancé. Il fut à maintes reprises retardé, remanié, jusqu’à ce que la réalisation soit confiée au jeune réalisateur Tim Burton qui avait déjà su apposer son sens de l’esthétisme avec des longs métrages comme Pee-Wee’s Big Adventure et surtout Beetlejuice.
 

De plus le succès des comics The Dark Knight Returns, Year One de Frank Miller et The Killing Joke d’Alan Moore relanceront non seulement l’engouement autour du personnage à travers des récits plus adulte, à l’atmosphère glauque et ténébreuse, mais auront aussi un impact bénéfique dans la conception du Batman réalisé par Tim Burton. Un processus de réécriture va s’appliquer, passant d’un scénariste à un autre et une équipe technique, chargée de s’occuper des décors, costumes, maquillages et autres accessoires, sera soigneusement sélectionnée afin d’offrir une cohésion par rapport à la sensibilité artistique de Burton. Warner débuta la pré-production en 1988. Lorsque le choix de Michael Keaton fut dévoilé pour incarner Bruce Wayne/Batman, un vent de contestation souffla du côté des fans, ne voyant en cet acteur (ayant au passage interprété Beetlejuice) qu’un potentiel d’acteur comique, craignant que le ton du film ne soit le même que celui de la série des années 60. Burton vit en Keaton tout le potentiel nécessaire dans l’interprétation tourmenté et mystérieuse du personnage principal. Sa décision sera notamment motivée par la capacité de l’acteur à jouer un Bruce Wayne aux différentes facettes nuancées et cette faculté à capter l’attention au travers de son regard si particulier.


Afin d’asseoir une certaine crédibilité auprès du public, les studios imposèrent à Burton le choix d’une star de cinéma, notamment dû à des délais de production un peu court sans que cela n’altère la sève de l’œuvre, plusieurs acteurs seront approchés pour jouer le Joker jusqu’à ce que Jack Nicholson obtienne le rôle. S’ensuit le choix d’autres acteurs secondaires au casting dont Kim Basinger dans le rôle de Vicki Vale, qui sera « castée » au dernier moment, Sean Young dû renoncer au rôle à cause d’une chute à cheval alors qu’elle avait été choisi, Michael Gough dans le rôle de l’inébranlable majordome de Bruce Wayne, Alfred et Billy Dee Williams dans celui du procureur Harvey Dent, etc... . Chers amis, que nos esprits s’épanouissent. Alors qu’en est-il de ce Batman proposé par Burton ? Il marque incontestablement à travers chaque aspect, la griffe du réalisateur, avec son atmosphère gothique et déjantée, sombre et poétique, jouant l’excessivité avec une représentation comique et décalée de la mort. Le film use de différentes techniques convoitées par le réalisateur. L’équipe qui s’est attelée à matérialiser la vision de Burton a clairement du talent et de la créativité à revendre.

 
Pour représenter architecturalement Gotham City, le film s’inspire de divers mouvements arts déco et de l’expressionnisme allemand, notamment du film Metropolis de Fritz Lang, ce qui confère à la ville un certain gigantisme et une identité forte. L’idée fut de proposer un esthétisme rétro-moderne plongeant le film dans sa propre réalité, le rendant de ce fait presque intemporel où les trais y sont tirés pour apporter beaucoup d’expressivité. L’ambiance n’est pas sans rappeler les polars noirs des années 40, même les coups de feu rappellent les bruitages d’époque. Gotham est le berceau du crime et cela se ressent : c’est vaporeux, rouillé, grisonnant, ça suinte et les ruelles sont sinueuses. En parlant d’art, le Joker est défini dans le film comme un artiste fou, marginal qui cherche à imposer à son image sa vision du crime, de la folie et du chaos en apparaissant à chaque fois à travers une mise en scène théâtral. En allant jusqu’à défigurer un visage « fou furieux » à son image au sourire figé. Détruire l’aspect de certaines toiles dans une galerie d’art. Jack Nicholson n’interprète pas le Joker, Jack Nicholson joue Jack Nicholson, il est le Joker.

As-tu déjà dansé avec le diable au clair de Lune ?


Tim Burton apporte plus d’importance au Joker avec sa mise en scène et ses nombreuses apparitions à l’écran qu’il ne le fait avec Batman. Un point décrié par certains, qui s’explique non seulement par le fait que Burton a toujours été plus attiré par les monstres mais aussi parce que Batman n’existe qu’à travers ses ennemis. Il peut être perçu comme un simple faire-valoir mais l’approche de Burton de Batman est juste. Batman agit comme un justicier fantomatique qui n’apparaît que lorsque le mal, qui ronge la ville, l’appelle à répliquer. Le héros n’existerait pas sans criminalité et c’est cela qui motive Bruce Wayne à endosser le rôle du justicier masqué. Il ne se sert au final de ce statut que comme une sorte d’exutoire motivé par la mort de ses parents. Il en arrive à un point où il ne fait plus cela pour soulager son mal être, mais parce que c’est devenu l’intégralité de sa personnalité et de sa vision manichéenne.

-Qui es-tu ?
-Je suis Batman.

Le temps d’apparition de Batman est en ce sens bien dosé. Même si le choix de Michael Keaton s’avère judicieux, celui-ci jouant un « Batman/Bruce Wayne » à la force mentale contenue et mystérieuse, marquant ainsi la dualité de ses différentes facettes psychologiques, il apparaît la plupart du temps en un Bruce Wayne pensif et déconnecté. Il aurait été intéressent d’exploiter un peu plus le ressenti du personnage en extériorisant d’avantage son conflit intérieur. D’autres éléments décriés comme celui d’avoir lié les origines de Batman à celle du Joker (celui-ci ayant tué les parents de Bruce dans le film) me paraissent plutôt censés car à travers le comic, la relation entre les deux protagonistes est symboliquement caractérisée par le fait que l’un n’a pas lieu d’être sans l’autre. Chacun est à l’origine de l’autre, leur raison d’être en est que plus forte et leur confrontation marque chez Bruce Wayne un moyen de faire le deuil.
 

Autre reproche : Batman dans le film tue le Joker ce qui est à priori contradictoire et contestable par rapport à la ligne de conduite du personnage. Mais à l’origine, Batman était un justicier qui utilisait des armes et qui n’hésitait pas à tuer ses ennemis. Le personnage dans les comics a simplement, au fil du temps, été aseptisé afin de respecter une loi visant à moraliser les comics. Cela a permis aux scénaristes de faire réapparaître certains ennemis très appréciés des lecteurs. Du côté des personnages secondaires, la reporter Vicki Vale, qui cherche à en savoir plus sur l’énigme que représente l’homme chauve-souris, donne la touche romantique du film et aussi un point d’entrée à l’intrigue. Elle fait à son désavantage figure « d’élément racolée », cependant le contexte, « emblème métaphorique » de la lutte du bien contre le mal qui s’insinue à la fois dans Gotham et dans l’esprit de ses personnages, utilise des archétypes entendus et cohérents.
 

Le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon sont hélas trop peu exploités dans le film alors que dans le comic ils représentent avec Batman une trinité qui lutte contre la criminalité de Gotham. Ils apparaissent ici de façon anecdotique. Un dernier point concernant la musique composée par Danny Elfman, fidèle compositeur de Tim Burton : ses compositions rendent une véritable claque. Elles viennent illustrer l’aspect ténébreux, grotesque, décalé, parfois burlesque avec une telle excessivité et expressivité, que le thème principal donne déjà le ton avec cette sorte de marche funèbre et militaire dont les mélodies resteront dans l’inconscient collectif et redéfiniront ce que doit être un univers de super héros.

Au final le film réussi ce qu’il entreprend. On peut lui reprocher certains traitements de personnages ou autres facilitées es mais Batman ne manque pas de style. Ce n’est pas le film ultime de Burton, cependant il parvient à en faire un excellent film à l’expression visuelle marquée avec tout le bagage artistique et les thématiques chères au réalisateur. Il récidivera et viendra parachever sa vision du personnage 3 ans plus tard avec Batman Returns qui est une version encore plus personnelle et intense du chevalier noir.




Teddy Slamani





mardi 27 mai 2014

Les Prix et Nominations du 67e Festival de Cannes


Le 67e Festival de Cannes


Du 14 au 25 mai 2014
 

En compétition pour la Palme d’Or :

Adieu au Langage de Jean-Luc GODARD
Captives d’Atom EGOYAN
Deux Jours, Une Nuit de Jean-Pierre DARDENNE et Luc DARDENNE
Foxcatcher de Bennett MILLER
Futatsume No Mado de Naomi KAWASE
Jimmy’s Hall de Ken LOACH
Le Meraviglie d’Alice ROHRWACHER
Leviathan d’Andrey ZVYAGINTSEV
Maps to the Stars de David CRONENBERG
Mommy de Xavier DOLAN
Mr.Turner de Mike LEIGH
Relatos Salvajes de Damian SZFIRON
Saint Laurent de Bertrand BONELLO
Sils Maria d’Olivier ASSAYAS
The Homesman de Tommy Lee JONES
The Search de Michel HAZANAVICIUS
Timbuktu d’Abderrahmane SISSAKO
Winter Sleep de Nuri Bilge CEYLAN


En compétition pour le prix Un Certain Regard :

Amour Fou de Jessica HAUSNER
Bird People de Pascale FERRAN
Charlie’s Country de Rolf DE HEER
Dohee-Ya de July JUNG
Fantasia de Wang CHAO
Feher Isten de Kornél MUNDRUCZO
Hermosa Juventud de Jaime ROSALES
Incompresa d’Asia ARGENTO
Jauja de Lisandro ALONSO
La Chambre Bleue de Mathieu AMALRIC
Loin de mon Père de Keren YEDAYA
Lost River de Ryan GOSLING
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS
Run de Philippe LACÔTE
Snow in Paradise d’Andrew HULME
The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned BENSON
The Salt of The Earth de Wim WENDERS, Juliano RIBEIRO SALGADO
Titli de Kanu BEHL
Turist de Ruben OSTLUND
Xenia de Panos H. KOUTRAS




SECTION LONG MÉTRAGE



La Palme d’Or pour :
Winter Sleep de Nuri Bilge CEYLAN


Le Prix du Jury pour :
Mommy de Xavier DOLAN
Ex-aequo avec Adieu au Langage de Jean-Luc GODARD


Le Grand Prix pour :
Le Meraviglie d’Alice ROHRWACHER


Le Prix de la Mise en Scène pour :
Foxcatcher de Bennett MILLER


Le Prix du Scénario pour :
Leviathan d’Andrey ZVYAGINTSEV et Oleg NEGIN


Le Prix d’Interprétation Masculine pour :
Timothy Spall dans Mr.Turner de Mike LEIGH


Le Prix d’Interprétation Féminine pour :
Julianne Moore dans Maps to the Stars de David CRONENBERG




SECTION COURT MÉTRAGE



La Palme d’Or pour :
Leidi de Simon MESA SOTO


Le Grand Prix pour :
Aïssa de Clément TREHIN-LALANNE
Ex-aequo avec Ja Vi Elsker d’Hallvar WITZO





SECTION UN CERTAIN REGARD



Le Prix Un Certain Regard pour :
Feher Isten de Kornél MUNDRUCZO


Le Prix du Jury pour :
Turist de Ruben ÖSTLUND


Le Prix Spécial pour :
The Salt of The Earth de Wim WENDERS et Juliano RIBEIRO SALGADO


Le Prix d’Ensemble pour :
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS


Le Prix du Meilleur Acteur pour :
David Gulpilil dans Charlie’s Country de Rolf DE HEER


La Caméra d’Or pour :
Party Girl de Marie AMACHOUKELI, Claire BURGER, Samuel THEIS





SECTION CINEFONDATION



Le Premier Prix pour :
Skunk d’Annie SILVERSTEIN


Le Deuxième Prix pour :
Oh Lucy ! d’Atsuko HIRAYANAGI


Le Troisième Prix pour :
Lievito Madre de Fulvio RISULEO
Ex-aequo avec The Bigger Picture de Daisy JACOBS





SECTION PRIX VULCAIN




L’artiste Technicien Dick POPE, directeur de la photographie, mise en lumières des œuvres de Turner dans Mr.Turner de Mike Leigh




mardi 8 avril 2014

Game Of Thrones Saison 4 épisode 1 - Nos impressions lundi 7 avril sur OCS


« Un Croque Sept Couronnes, c’est quoi ? Une tranche de Marcheurs Blancs, une tranche de Thagariens, on fourre le tout au Westeros »

 
Les fans et les lecteurs de George R.R. Martin attendaient avec impatience le retour de la série américaine la plus populaire avec The Walking Dead. HBO a diffusé dimanche 6 avril au soir le premier épisode de la saison 4. Puis en France le jour suivant sur OCS à partir de 20h55. L’audimat aux Etats Unis a atteint les 6,6 millions de spectateurs, sans compter qu’il s’agit de la série la plus téléchargée ou regardée en streaming. On se souvient que le croque sept couronnes était particulièrement épicé lors du neuvième épisode de la saison trois. La sauce hémoglobine à brisée le cœur des amoureux de la famille Stark. N’y a-t-il donc pas de justice dans cet univers impitoyable ? Ceux qui ont le plus d’honneur, de parole, semblent passer inévitablement sous le couteau du coupe-jarret. La colère du spectateur monte en neige, sa soif de justice doit être étanchée. On continue de regarder GOT, nous devenons de plus en plus nombreux à suivre le combat pour le trône. Le retour de bâton est attendu. Nous croyons dur comme « fer » que le vent tournera et que le crime paiera. Le spectateur si souvent protégé derrière l’illusion du héros est désormais confronté aux dures réalités. Parfois le plus mauvais gagne ou reste impuni. Mais le pessimisme n’est pas un remède contre la naïveté, il est temps de sourire. La saison 4 pose le décor, promet des retrouvailles, rapproche les Thagariens et les Marcheurs Blancs de Port-Réal. Si la Terre est plate comme leur plateau de risk ou comme le suggère le générique, « le trône de fer » est un centre de gravité, un point convergeant, un symbole de pouvoir qui fait couler l’encre et le sang.




Rameau Antoine